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LES SOURCES DU SOFT POWER EN INDE

Par Uma Purushothaman, diplômée de l’École des hautes études internationales, Université Jawaharlal Nehru de New Delhi, Inde.

Après avoir obtenu un doctorat en relations internationales, Dt. Uma Purushothaman a notamment travaillé pour l’United Services Institution of India et les éditions Sage. Ses domaines d'intérêt portent sur la politique étrangère et intérieure des Etats-Unis, la sécurité alimentaire, l'aide étrangère et le soft power.

 

 

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L’Inde a toujours été un pays doté d’un puissant soft power, du fait qu’à la différence de la montée en puissance de la Chine, sa progression n’a pas été perçue comme alarmante. Le soft power de l'Inde est très influent dans les pays de l'Asie du Sud-est, pour des raisons de civilisation et d'héritage communs, ces pays étant appelés maintenant ses "voisins de civilisation". La culture indienne est appréciée par son voisinage immédiat en Asie du Sud-Est. L'Inde a influencé aussi bien des pays géographiquement proches que d'autres  plus lointains, comme la Perse (l’Iran d'aujourd'hui), pendant des siècles. L'Inde continue d’avoir un formidable potentiel en matière de soft power en raison de sa culture et du rayonnement de sa civilisation, de son importante diaspora, de la popularité de son cinéma, et des liens historiques et culturels qu’elle entretient avec de nombreux pays dans différentes parties du monde.

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Une culture reconnue

[…] La culture est la source la plus importante du soft power indien. L'Inde se trouve dans une position très avantageuse si l'on se réfère à sa culture, elle en a beaucoup bénéficié au cours des siècles. Selon T.V. Paul et Baldev Nayar, la culture indienne représente une des alternatives les plus dynamiques aux valeurs culturelles occidentales. L'Inde a établi depuis longtemps des relations culturelles et de civilisation avec des pays et régions aussi lointains que l'Iran, l’Italie du temps de Rome, ou l'Asie de Sud-Est. Ses richesses et beautés ont attiré les commerçants et les voyageurs pendant des milliers d'années. Les pays de l'Asie de Sud-Est possèdent encore des témoignages des traditions issues de l'Inde. Le temple Angkor Vat au Cambodge, les temples et les pagodes en Thaïlande, mais aussi la présence de nombreux mots du sanscrit dans des langues comme, par exemple, le Bahasha en Indonésie, sont autant de preuves de l'influence de la culture indienne dans ces pays.

L'Inde, étant le pays où Bouddha avait prêché, est appréciée par conséquent par les bouddhistes du monde entier. Le bouddhisme s'est répandu de l'Inde en Chine et dans d'autres pays grâce aux moines bouddhistes et des étudiants sont venus en Inde pour étudier dans ses universités, ce qui a favorisé un échange d'idées depuis les temps anciens, dont l'influence s’est faite sentir dans toute l'Asie jusqu'à aujourd'hui. Cette influence de l'Inde, dans la zone Asie-Pacifique, est encore sensible. L’Inde a d’ailleurs proposé de faire renaître l'Université Nalanda, autrefois célèbre dans le monde entier, en partenariat avec la Chine, le Japon, la Corée du Sud et Singapour. Cette initiative est un exemple de convergence des priorités de cinq pays différents. Des prédicateurs islamiques, venus d'Inde, ont répandu les valeurs religieuses et culturelles de l'Islam à Singapour et en Malaisie. L’Inde est aussi un des rares lieux dans le monde où les juifs ont été bien accueillis, et non pas persécutés. Elle bénéficie, à ce titre, d’un fort soft power en Israël.

La diaspora indienne constitue un immense atout. Des millions d'Indiens se sont installés dans des pays aussi lointains que les Iles Fidji, la Guyane, la Malaisie, l'Ile Maurice, le Surinam, l'Afrique du Sud, Sri Lanka et Trinidad. Alors qu’au XIXe siècle, des Indiens ont été contraints à des travaux forcés dans des régions lointaines de l'Empire britannique, une élite professionnelle, issue de cette communauté déportée, a fait son chemin, au XXe siècle, vers les États-Unis, le Canada, l'Australie et autres pays occidentaux. Ils ont apporté une immense contribution aux pays dans lesquels ils se sont installés, et ont gagné en l'influence et en respect. Il est actuellement établi que la communauté Indo-Américaine, aux États-Unis, est la plus éduquée des communautés d'immigrés. Le développement récent des relations entre l'Inde et les États-Unis est dû en grande partie à l'influence et à la réputation du lobby de la communauté indo-américaine. Des pays comme les Îles Fidji ou l'Île Maurice ont des grandes communautés indiennes et des personnalités d'origine indienne occupant des fonctions politiques importantes. Une des pratiques ayant connu un succès des plus durables – le yoga – s’est répandue partout dans le monde sous forme d'exercice et d’antidote au stress pour des millions de personnes. Le yoga représente désormais un phénomène global et est en train de devenir un courant majeur de la culture occidentale. La cuisine indienne, avec son utilisation subtile d'épices et d'herbes originaires de l'Inde, est devenue aussi très populaire en Occident, surtout en Grande-Bretagne, pays qui accueille une importante diaspora indienne. Shashi Tharoor prétend qu'aujourd'hui, en Grande-Bretagne, les restaurants indiens emploient plus de gens que les industries de l'acier, du charbon et de la construction navale réunies. La nourriture indienne est devenue populaire dans d'autres pays occidentaux, ainsi existent-ils de nombreux restaurants indiens dans les grandes villes des États-Unis et du Canada.

Certains aspects de la culture populaire indienne comme la musique et le cinéma bénéficient d'une large audience. La musique permet de dépasser les frontières et rapprocher les gens. La musique et les films indiens bénéficient d’ un grand marché international et sont devenus de plus en plus populaires à l'étranger, particulièrement en Asie, en Europe, en Afrique et en Asie occidentale. Même dans des pays comme la Russie, la Syrie et le Sénégal, les films indiens, et plus particulièrement les films hindous (produits à Bollywood, qui est l'industrie du cinéma la plus importante après Hollywood) trouvent une audience. Les films indiens sont populaires et sont vus dans des pays de l'Asie du Sud comme le Bangladesh, le Népal, le Pakistan, l'Afghanistan et le Sri Lanka, en raison de leur proche voisinage avec l'Inde et de certaines caractéristiques culturelles similaires, mais aussi en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient. L'Asie du Sud est très influencée par la musique et les films indiens, ce qui a provoqué par moments un certain ressentiment contre l'Inde. En fait, le Pakistan a interdit dans le passé les chaînes de télévision et les films indiens bien que, plus récemment, des collaborations ont eu lieu entre Bollywood et l'industrie pakistanaise du cinéma. Les statues en cire de plusieurs acteurs promus par l'industrie indienne du cinéma, présentes dans le Musée de Madame Tussaud à Londres, témoignent de l'influence du cinéma indien et du soft power de l'Inde. Le succès écrasant du film Slumdog Millionaire, pour lequel trois acteurs et techniciens ont gagné des Oscars, montre que les films et les artistes indiens contribuent au soft power de l'Inde.

Quand des écrivains indiens gagnent des prix internationaux comme le Man-Booker, quand l'Inde est l'invitée d'honneur à la Foire internationale du livre de Francfort, quand des films indiens sont montrés dans des festivals internationaux comme celui de Cannes, et quand des Indiens gagnent des prix comme le Nobel et le Magsasay, le soft power de l'Inde gagne en influence.

Le succès de firmes indiennes comme Infosys Technologies et Wipro Technologies, dans le secteur de la technologie de l'information (IT), le succès d'autres compagnies multinationales comme le Tata Group et Reliance Group, ainsi que la reconnaissance internationale de l'excellence universitaire de l'Institut indien du management (IIMs) et de l'Institut indien de technologie (IITs – les centres d'excellence permettant de suivre des formation élevées, dans les domaines de la recherche et de la science en Inde –, l'ingénierie et la technologie, ont tous contribué à façonner la nouvelle image de l'Inde, celle d’un pays avec des gens au profil d'entrepreneurs, dotés d’une éducation anglo-saxonne. Aux États-Unis par exemple, le stéréotype de l'Indien assimilé à un paysan affamé a fait place au stéréotype du spécialiste de haut niveau, expert en technologies de l'information, qui apprend aux Américains, dépassés, comment travailler avec leurs ordinateurs. Les Indiens représentent l'épicentre de la révolution de la Silicon Valley et l'Inde est passée d'une économie de sous-emploi à une économie dynamisée par la demande, existant dans les pays développés, de services et de travailleurs migrants des pays en voie de développement.

La spiritualité de l'Inde est nécessaire en ces temps de conflit et dissensions. La tolérance de l'Inde à l'égard de différentes religions et cultures est légendaire. C'est le pays qui a prêché "Vasudhaiva Kudumbakan" (« le monde est ma famille ») et "Loka Samastha Sukhino Bhavanthu" (« que le monde entier soit en paix ») […].

Les limites du soft power indien

Si certaines initiatives comme "L'opération Sadhbhavana" (visant à rapprocher les forces armées des populations locales, cette initiative a eu pour objectif de générer de nouvelles sources de revenu pour les communautés locales situées dans les montagnes himalayennes, Ndt) a amplifié le soft power de l'État indien aux yeux de ses propres citoyens, d'autres initiatives comme la Salwa Judum dans l'État de Chhattisgarh ont, en fait, éloigné la population de l'État en utilisant le « hard power » pour combattre les maoïstes qui mènent une lutte armée contre l'État dans plusieurs parties de l'Inde. Dans ce cas, l'État lui-même a armé une partie de la population, pour la plupart des jeunes villageois) et a perdu sa crédibilité auprès de la population, non seulement en "sous-traitant" ses fonctions à des gens du pays, mais aussi en faisant appel au hard power (armée et police) pour réprimer la résistance, ce qui a provoqué de nombreux cas de violations des droits de l'homme. L’opération a été accusée de s’être accompagnée de viols, de tortures et d’extorsion de biens. Les violations des droits de l'homme par des institutions de l'État, comme la police et l'armée, discréditent un pays qui a une constitution très libérale, en érodant de facto son soft power. L'utilisation de la torture pour obtenir des aveux et les condamnations à la peine capitale (bien que très rares), alors que la plupart des pays ont aboli ces pratiques, affectent aussi, négativement, le soft power. L'Inde doit ratifier la Convention de l'Onu contre la torture, datant de 1987 et prouver son engagement en faveur des droits civiques.

La pauvreté de l'Inde, l'augmentation de l'écart entre riches et pauvres, les tensions communautaires et les émeutes sont d'autres facteurs qui construisent une image négative de l'Inde à l'étranger. Le manque d'hygiène, les routes boueuses, la corruption bureaucratique, les retards aux aéroports et dans les gares, etc., sont d'autres facteurs qui affectent le soft power de l'Inde. L'Inde occupe la 134e  place dans un classement de 182 pays, constituant l'Index du développement humain, établi par le Rapport FOR 2009 sur le Développement humain de l'Organisation des Nations Unies. Ce classement affecte sérieusement le soft power indien, en rappelant les images des années 1950, celle d'un pays pauvre et surpeuplé avec des gens mal nourris.

Les réformes économiques ont produit des taux élevés de croissance, mais cette croissance concerne seulement quelques secteurs, comme les technologies de l'information, les communications, etc. La libéralisation de l'économie indienne n'a pas seulement apporté des bénéfices au compte-gouttes aux démunis des régions rurales, mais a élargi, au contraire, l'écart entre riches et pauvres. Cette situation a provoqué l'apparition et le développement des groupes maoïstes qui sont présents actuellement dans 170 districts du pays. En fait, la pauvreté est si profondément répandue qu'à moins d'avoir une croissance annuelle de 7 % pendant la prochaine décennie, l'Inde ne pourra pas réduire de manière significative la pauvreté endémique.

La corruption est également répandue dans le pays et s'ajoute à la misère. L'Index de perception de la corruption établi par l’organisation Transparency International classait en 2009 l'Inde en 84e position parmi 180 pays. Un grand nombre d'Indiens sont également illettrés. Bien que, d'un côté, l'Inde puisse être fière des institutions universitaires comme l’Institut indien de technologie et l’Institut indien de management, par ailleurs, elle a échoué à assurer l'accès à l'école primaire à de larges secteurs de sa population. Le travail des enfants est également répandu dans le pays. En Inde, il existe des millions de gens mal nourris, affamés. Ce pays a été classé 65e par le "Global Hunger Index" de l’Ifpri (Institut international de recherche sur les politiques alimentaires), ce qui signifie un niveau de sous-alimentation décrit par l'Ifpri comme "alarmant".

Des conflits non-résolus avec ses voisins immédiats influencent aussi le potentiel du soft power de l'Inde. L'Inde a besoin de résoudre ces conflits d'une manière raisonnable si elle veut être perçue comme une puissance globale, pouvant espérer un siège au Conseil de Sécurité de l'Onu. Les relations avec des États autoritaires comme la junte militaire de Myanmar, aussi stratégiques qu'elles soient, peuvent éroder la prétention qu’a l'Inde de promouvoir la démocratie, et par conséquent, son soft power. De la même manière, si l'Inde peut légitimement prétendre qu'elle a aidé l’État népalais et les maoïstes à avancer sur le chemin de la démocratie, de la paix et la stabilité en 2008, son ingérence dans les affaires intérieures du Népal, en mai 2009, avait amoindri sa réputation dans ce pays et dans d’autres pays voisins. Au lieu de maintenir le principe de la suprématie du pouvoir civil sur le pouvoir militaire, L'Inde a choisi, au contraire, de soutenir un général, dont la loyauté envers le roi destitué était bien connue. Même avant cela, la tentative de l'Inde pour sauver la monarchie en envoyant Karan Singh, lui-même membre de la famille royale, comme ministre plénipotentiaire au Népal en 2006, avait suscité de l'irritation dans ce pays. Il semblerait que l'Inde croit dans la suprématie du pouvoir civil et la démocratie seulement pour ce qui la concerne mais qu'elle est prête à sacrifier ces principes sur l'autel d’intérêts stratégiques plus larges, en contrant les rebelles népalais pour empêcher que le Népal ne devienne trop proche de la Chine. Les essais nucléaires indiens en 1974 et 1988 ont également affecté son soft power. Bien que l'Inde prétende soutenir le désarmement nucléaire, elle possède des armes nucléaires et constitue, de facto, une puissance nucléaire […].

L'absence de succès sportifs et une culture sportive inexistante constituent également des obstacles dans la croissance du soft power de l'Inde. Aucun autre domaine n'a autant de capacités de rassembler, au niveau international, que le sport. Par exemple, la Chine, en ayant organisé des Jeux olympiques couronnés de succès et en remportant beaucoup de médailles, a également gagné un surcroît de respect de la part des pays du monde entier. Les conflits non-résolus à l'intérieur du pays, comme ceux du Cachemire et du Nord-Ouest, influencent aussi négativement le soft power de l'Inde. Le simple fait que ces conflits se perpétuent malgré des années de démocratie est une preuve que les bénéfices de la démocratie et du développement n'ont pas profité aux populations de ces régions.

Un potentiel pour exercer un « pouvoir astucieux » (smart power)

Le soft power indien pourra être renforcé en augmentant les budgets dédiés aux activités culturelles des ambassades, qui auront alors les moyens de promouvoir l'Inde d'une manière plus affirmée, et en ouvrant des centres d'études indiennes partout dans le monde, en prenant pour  modèles le British Council, les centres de ressources et d'information américains, l'Alliance Française et les Instituts Confucius ouverts par la Chine. Ces instituts font croître le soft power de leurs pays en donnant de ceux-ci une image favorable au monde extérieur grâce à cette politique de relations publiques. Le ministère indien des Affaires étrangères (Indian Foreign Service) devra accorder plus d'importance à la diplomatie et prendre plus d'initiatives comme celle de l’"Année de l'amitié". Des budgets plus importants devraient être alloués aux affaires étrangères.

L'Inde devrait aussi organiser plus de festivals culturels à l'étranger, afin de mettre en valeur différents aspects de sa culture. Les portes des universités indiennes devraient être ouvertes aux étudiants étrangers en mettant en place un système de bourses et d'échanges d’étudiants, pour que ceux-ci puissent comprendre la culture, les valeurs et les intérêts indiens et propager ainsi une image favorable de l'Inde, une fois de retour dans leurs pays d'origine. Le Conseil indien pour les relations culturelles (ICCR) devrait disposer, dans ce but, d'un budget plus important. Les touristes devraient être bien reçus en Inde, de telle manière que plus de gens puissent voir la beauté et la variété de la culture indienne. Les touristes indiens à l'étranger doivent aussi porter l'image d'une Inde nouvelle, riche et confiante. Ils doivent aussi recevoir des consignes de politesse et apprendre à respecter les traditions des pays qu'ils visitent.

L'accent devrait être mis sur le développement des infrastructures sportives dans les écoles de manière à ce que le monde commence à considérer l'Inde comme une nation sportive. L'initiative Pravasi Bharatiya Divas, lancée par le gouvernement indien, est une tentative louable d'utilisation des ressources économiques et politiques de la diaspora indienne du monde entier. Mais l'Inde doit faire plus pour que la diaspora se sente bienvenue et désirée par l'Inde

L'aide apportée à l'étranger est un autre facteur qui peut accroître le soft power d'un pays. Dans la perspective de 2025, où l'Inde est supposée devenir une des économies les plus puissantes du monde, ce pays aura suffisamment de pouvoir économique pour aider les pays plus pauvres. L'Inde devrait mettre en place une politique bien coordonnée d'aide à l'étranger, plus spécialement en direction de l'Afrique. Cette aide devra être bien dirigée et purement humanitaire, ainsi pourra-t-elle augmenter le soft power de l'Inde. Dans ce but, il faudrait créer une agence du type Usaid (US Agency for International Development).

L'Inde a besoin de garantir que les bénéfices de la démocratie et les réformes économiques profiteront aux plus démunis. Ceci pourrait aider à l'intégration de ceux qui luttent contre l'État indien. Certains pas ont été déjà faits dans cette direction, en encourageant ceux qui combattent au Cachemire et dans le nord-est pour s'engager dans un processus de négociations politiques. Cet effort semble porter ses fruits et doit être encouragé. L'Inde possède une population immense, un vaste territoire, est dotée d’un budget militaire élevé, son armée est la troisième armée du monde, bien équipée au sol, mais aussi dans les airs et sur les mers ; elle est également, de facto, une puissance nucléaire et s’est lancée à la conquête de l’espace. L'Inde connaît également un développement économique rapide en termes de taux de croissance et de produit intérieur brut ;  la Banque mondiale considère qu’elle pourrait devenir la troisième économie du monde en 2025, après la Chine et les États-Unis. Une énorme classe moyenne, avec un pouvoir d'achat considérable, un grand nombre d'ouvriers qualifiés, ainsi qu'une importante proportion de scientifiques dans la diaspora, s'ajoutent de manière significative au potentiel économique et aux capacités du hard power de l'Inde.

Comme nous l’avons dit, l'Inde possède également un soft power considérable et le potentiel pour l'augmenter. L'Inde a utilisé, à différents moments de son histoire, aussi bien le hard que le soft power. Néanmoins, l'utilisation exclusive de l'une ou de l'autre forme de pouvoir n'aidera pas à réaliser les objectifs en matière de politique étrangère. Le soft power ne peut pas être utilisé dans toutes les situations, tout comme le hard power ne peut être utilisé dans toutes les circonstances. Mais utilisé conjointement, le soft power peut conduire à de meilleurs résultats que ceux obtenus par l'utilisation exclusive de la force. Cette utilisation d'une combinaison judicieuse des deux formes de pouvoir a été appelée par des chercheurs comme Suzanne Nossel, le « pouvoir astucieux » (smart power). L'Inde possède un bon potentiel pour l’exercer. Les États de l'Inde ont besoin de prendre conscience de ce potentiel afin de s'en servir pour réaliser leurs ambitions globales et leurs objectifs de politique étrangère.

Uma Purushothaman, diplômée de l’École des hautes études internationales, Université Jawaharlal Nehru de New Delhi, Inde.

Mise en ligne : septembre 2011

Texte original publié en anglais en 2010 : “Shifting Perceptions of Power: Soft Power and India’s Foreign Policy”, in Journal of Peace Studies, Vol. 17, Issue 2&3, April-September, 2010.
Tous droits reservés.

Traduction : Nina Zivancevic

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