Peng Er Lam a obtenu son doctorat à l’Université Columbia en sciences politiques. Ses articles ont été publiés dans des revues internationales, telles Pacific Affairs, Asian Survey, Asian Affairs, Japan Forum and Government and Opposition: An International Journal of Comparative Politics. Il a publié de nombreux ouvrages dont « Japan's Peace Building Diplomacy in Asia: Searching for an Active Political Role”, (New York and London : Routledge), en 2009. Ses recherches portent également sur le rôle de Tokyo dans les opérations de paix en Asie et en Afrique, et sur la politique intérieure du Japon.
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Le Japon cherche à étendre son « soft power » en utilisant, à des fins diplomatiques, mangas et dessins animés. La production, la diffusion et la consommation mondiale de mangas et de dessins animés sont la résultante des forces du marché et des goûts des consommateurs, non de l'État japonais. Toutefois, celui-ci cherche à tirer parti de cette culture populaire pour redorer l'image internationale de Tokyo. Malgré l'attrait que peut exercer la culture populaire japonaise et la mise en œuvre de formes plus traditionnelles de diplomatie publique, la recherche, par Tokyo, d’un soft power et d’une bonne image internationale est compromise par son incapacité à surmonter le fardeau de l'histoire.
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Le Japon a toujours un problème d'image en Asie de l'Est car, aujourd’hui, il est tantôt perçu comme un pays qui n'a que peu témoigné de remords quant à son militarisme passé et, par ailleurs, perçu comme un « animal économique » prédateur et protectionniste. Cependant, le pays a récemment acquis une nouvelle image débonnaire, branchée et cool, qui coexiste difficilement, sans parvenir à l’effacer, avec l’image négative héritée du passé. Il existe effectivement un changement d’attitude en Asie de l’Est vis-à-vis du Japon. D'un côté, les Asiatiques de l'Est, en particulier les Chinois et les Coréens, perçoivent les Japonais de façon négative en raison des atrocités commises en temps de guerre, des visites du Premier ministre à Yasukuni Shrine [sanctuaire où sont déposées les cendres de victimes de guerre mais aussi de responsables politiques et militaires japonais condamnés, après la seconde guerre mondiale, pour crimes de guerre, Ndt] et des faux-fuyants du gouvernement d’Abe au sujet de la question des « femmes de réconfort » [des femmes, en majorité asiatiques, contraintes de se prostituer par l’armée japonaise, Ndt]. D’un autre côté, les consommateurs de l’Est asiatique ont adopté des éléments de la culture japonaise tels que sushi, karaoké, jardin de pierres, architecture d'inspiration zen, J-pop (musique populaire), J-mode, gadgets et jeux électroniques (Sony PlayStation 3 et Nintendo), dramatiques pour la télévision, mangas et dessins animés.
Le Japon a lissé son image internationale grâce aux médias populaires que sont les mangas
et les dessins animés. Ces produits culturels semblent emprunter les meilleurs éléments issus de deux univers : ils sont typiquement japonais de part leur style, tout en suscitant un attrait universel auprès des jeunes (1). Le « Bluebook Diplomatic » de Tokyo, en 2006, a noté que « la culture japonaise attire actuellement l'attention du monde entier en faisant apparaître un " Japon sympathique »" ». Afin d'accroître l'intérêt porté au Japon et renforcer son image, le ministère des Affaires étrangères (Mofa) travaille avec le secteur privé et, par le biais d’institutions diplomatiques établies à l’étranger, telle la Fondation Japonaise, à promouvoir les échanges culturels tout en prenant en considération les caractéristiques de chaque pays étranger » (2).
Cet article examine pourquoi l'État japonais cherche à diffuser son « soft power » grâce aux mangas et aux dessins animés, et analyse leur efficacité en matière de diplomatie publique.
L’argument central en est que Tokyo met l'accent sur le soft power qui trouve sa raison d’être de par sa constitution pacifiste et du pacifisme résiduel des Japonais. La production, la diffusion et la consommation mondiale de mangas et de dessins animés sont la résultante des forces du marché et des goûts des consommateurs, non de l’État japonais. Toutefois, celui-ci cherche à tirer parti de cette culture populaire pour lisser l’image internationale du Japon à l’heure du réveil de la Chine (qui cherche également à étendre son soft power dans le monde). Malgré l'attrait pour la culture populaire japonaise, comme pour d'autres formes culturelles plus traditionnelles mises au service de la diplomatie publique de Tokyo, la recherche, par le Japon, d’un pouvoir d’attraction et d’une bonne image internationale est compromise par son incapacité à surmonter le fardeau de son histoire.
Cet article examinera, d'abord, l'intérêt que peut avoir l'État japonais à reconnaître et à promouvoir les mangas et les dessins animés en les mettant au centre de sa nouvelle diplomatie publique. Il analysera le concept de soft power, la façon dont il est devenu populaire et comment, par la suite, l'État japonais s’en est emparé. Il examinera ensuite les instruments de la diplomatie publique japonaise. L'article se terminera en évaluant le pouvoir d’attraction du soft power japonais, et ses limites, en l’analysant comme une poursuite de l’action politique par d'autres moyens.
L’État japonais : les enjeux de la culture populaire
En avril 2006, le ministre des Affaires étrangères, Taro Aso, a proposé que les mangas et les dessins animés puissent devenir un moyen d’atteindre le cœur des Chinois. S’adressant à des étudiants, à l’Université des contenus numériques située dans le quartier Akihibara de Tokyo (la Mecque des gadgets électroniques japonais), Aso a souligné : « Si vous jetez un coup d’œil dans n’importe quel petit restaurant chinois pour jeunes fans de mangas et de dessins animés, vous verrez que leurs murs sont tapissés de personnages issus de tous les dessins animés japonais que vous pouvez imaginer. [...] Nous avons une emprise sur les cœurs des jeunes de nombreux pays, et non du moindre, la Chine " (3). Aso a continué : « Quelle est l'image qui apparaît dans l'esprit des gens quand ils entendent le mot « Japon » ? Est-ce une image lumineuse et positive ? Chaleureuse ? Décontractée ? Plus ces images positives s’imposent à l'esprit, plus il deviendra facile pour le Japon de faire entendre son point de vue sur le long terme. Autrement dit, la diplomatie japonaise sera en mesure d’aller de l'avant, peu à peu, et de récolter, chaque fois davantage, des résultats positifs » (4).
En novembre 2006, le Conseil sur la circulation des personnes entre les frontières, un
conseil consultatif auprès du ministre des Affaires étrangères Aso, a proposé que le Japon mette à profit la popularité grandissante des mangas et des dessins animés auprès des jeunes à l'étranger (5). Présidé par Cho Fujio, président de Toyota Motor Corporation, le Conseil a proposé l’attribution d'un Grand Prix japonais du manga en ciblant des artistes étrangers, et de nommer des ambassadeurs culturels dans le domaine de l'animation afin de promouvoir la culture populaire japonaise à l'étranger (6). Par la suite, M. Aso, dans son discours de politique générale à la Diète (le Parlement) en Janvier 2007, a choisi de faire de la culture populaire japonaise un outil diplomatique. Il a déclaré : « Ce qui est important, c’est que nous soyons capables d'amener d'autres pays à écouter le Japon. Si l'utilisation de la culture populaire ou différentes formes de sous-cultures peut être utile pour construire ce processus, nous devrions certainement utiliser ces atouts au mieux » (7).
Ironie de l’histoire, être « cool », « amusant » et « branché » est devenu une activité sérieuse pour l'État japonais. L'attrait des produits culturels japonais en Asie, et au-delà, n'est pas un phénomène récent. Doraemon (le chat robot), Bonjour Kitty (le chat omniprésent et sympathique) et Pokemon ont conquis les cœurs et les esprits de nombreux enfants de cette génération comme Astro Boy, Ultraman et Godzilla l’avaient déjà fait pour la génération précédente (8). La créativité et le non-conformisme des artistes japonais combinés aux forces du marché ont concouru à la réussite de ces produits culturels ; le catalyseur n'en a pas été l’État japonais. Toutefois, l'État japonais tente aujourd’hui de prendre le train en marche pour utiliser et exploiter ces productions afin d’asseoir son soft power, même si telle n'était pas l'intention, à l’origine, des producteurs de mangas et de dessins animés.
La thèse du soft power au Japon : origines
Le concept de soft power gagne progressivement du terrain au Japon, depuis que le professeur Joseph S. Nye (ancien doyen de la Kennedy School of Government et ancien
secrétaire adjoint à la Défense de l'administration Clinton) a inventé et popularisé ce terme dans les années 1990. Selon Nye, le soft power consiste à amener les autres à vouloir ce que vous voulez en faisant de votre culture et de votre idéologie un attrait, sans recourir à la coercition ni à la force militaire, toujours couteuse (9).
Apparemment, le catalyseur, pour les milieux intellectuels et politiques japonais qui se sont saisis de ce concept, a été l'article de Douglas McGray, intitulé « Cool : Recette brute nationale japonaise » (10). McGray y faisait valoir que, malgré la soi-disant « décennie perdue », au cours de laquelle le Japon a sombré dans la stagnation économique à partir de 1991, la culture populaire du pays s’est montrée dynamique, pleine de charme, cool et a continué à déferler sur le monde. La thèse d’un « cool Japan » de McGray a connu un immense succès au Japon et fait partie intégrante du discours national dominant (11).
La thèse réjouissante d’un « Japon cool », venue de l’Ouest, légitimant la culture japonaise, même populaire, est assurément rassurante, flatteur pour son ego, dans un contexte bouleversé, où le pays s’est trouvé confronté à une stagnation économique avec, en toile de fond, une Chine devenue puissante et une image négative d’un Japon d’après-guerre démocratisé mais dépeint comme militariste et incapable de repentir par les Chinois et par les Coréens. Pour bien des Japonais, il était bon d'être aimé, imité et reconnu dans le monde entier comme le leader d’un style de vie « branché » et comme une superpuissance « culturelle » (12).
Les motivations d’un soft power japonais
Ce n’est sans doute pas une coïncidence si le nouvel accent mis par le Japon sur ses productions culturelles, pour en faire le vecteur de son soft power, advient dans le contexte d’un réveil de la Chine et de la création de ses Instituts Confucius dans le monde. Il est clair que les deux grandes puissances de l’Est asiatique sont en rivalité pour occuper la première place dans cette région du monde et que leur poursuite mutuelle d’un soft power n'est que le prolongement de la politique par d'autres moyens (13).
Yoshizaki Tatsuhiko a proposé que le Japon commercialise la marque Japon et améliore son image internationale tout en faisant face au défi chinois. Il a constaté que : « Le défi lancé par la Chine a toutefois fait comprendre à la diplomatie japonaise qu’il était nécessaire de rendre attrayant ce que le Japon avait à offrir aujourd'hui. Dans un monde de l'après-guerre froide, la possibilité de déployer un réel pouvoir militaire ou économique a diminué, et le rôle joué par les outils du soft power, comme la culture et l'image, s’est accru. La plupart des affrontements, dans ce domaine, auront donc lieu au travers des échanges et des idées. Ce sera une époque où les batailles entre pays s’effectueront de façon virtuelle. […] Employer autant de voies différentes que possible pour créer un large base de fans du Japon devient donc nécessaire » (14). Toutefois, le facteur Chine ne doit pas être exagéré quand on étudie la quête d’un soft power par les Japonais. Avec ou sans la Chine, le Japon, comme d'autres grandes puissances, a mis en place une diplomatie culturelle bien avant que Nye n’ait popularisé le terme de soft power, ou bien avant que la montée en puissance de la Chine n’occupe le devant de la scène. Ce qui est nouveau dans l’incarnation la plus récente de la diplomatie culturelle japonaise, c’est l'utilisation de mangas et de dessins animés comme instruments originaux d’attraction, de portée mondiale.
Dès 1923, Tokyo avait mis en place une diplomatie culturelle ; ainsi, la Diète avait-elle créée un compte spécial, basé en grande partie sur le montant de l'indemnité dont la Chine avait dû s’acquitter suite à la révolte des Boxers, pour financer des activités culturelles en direction de la Chine (15). La même année, la Diète avait adopté une nouvelle loi pour établir un Bureau des affaires culturelles chinoises au sein du ministère des Affaires étrangères. Toutefois, la diplomatie culturelle du Japon envers la Chine s’arrêta dans les années 1930 après l'occupation de la Mandchourie et l’incident du pont Marco Polo qui déclencha la guerre entre les deux pays asiatiques.
Après sa défaite, à la fin de la seconde guerre mondiale, Tokyo s’est concentré sur la reconstruction économique et sur son retour au sein de la communauté internationale, en prenant en compte les réparations dont il devait s’acquitter et en normalisant ses relations diplomatiques. Après avoir réglé ces questions et être devenu une superpuissance économique, au début des années 1970, Tokyo a pu mobiliser davantage de ressources et prêter plus d'attention à la diplomatie culturelle, comme en témoigne la mise en place de la Fondation du Japon à l’échelle internationale.
Depuis les années 1970, Tokyo a mis l'accent sur une diplomatie culturelle en direction des États-Unis et de l'Asean (Association of Southeast Asian Nations) – vis-à-vis du premier, parce que l’alliance américano-japonaise est la pierre angulaire de la politique étrangère du Japon, et vis-à-vis du second, en raison de ses marchés et de sa sécurité énergétique –la plupart des pétroliers japonais traversant les eaux de l'Asie du Sud-est et qu’il fallait, à Tokyo, prendre en compte les sentiments antijaponais existants dans cette région du monde.
Choqué par les violentes émeutes antijaponaises à Bangkok et Jakarta contre le Premier Ministre Kakuei Tanaka, en 1974, lors de sa visite dans la région, Tokyo devint plus conscient du fait qu’il devait donner du Japon une bonne image au plan international. Par la suite, le Japon a élaboré la doctrine Fukuda, en s’engageant à favoriser des relations de « cœur à cœur » avec l'Asie du Sud et à ouvrir des bureaux de la Fondation japonaise à Bangkok, Jakarta, Kuala Lumpur et Manille afin de poursuivre sa diplomatie culturelle.
Le Japon d'après-guerre ne peut avoir recours à la force militaire pour contraindre les autres États. Bridé par des restrictions constitutionnelles (la clause de non-guerre de l'article 9) et le
pacifisme de masse, né de la défaite catastrophique de la nation, Tokyo a dû adopter une stratégie pacifique dans ses relations extérieures, comme en témoignent son aide aux pays étrangers et sa diplomatie culturelle. À cet égard, le Japon d'aujourd'hui est différent des autres grandes puissances qui exercent à la fois un hard et un soft power – il lui manque la volonté et la capacité d'exercer son hard power (16).
Les dessins animés ont ainsi contribué à ce que la Force d’auto-défense, présente en Irak, apparaisse comme non menaçante et même bienveillante aux yeux des habitants. Les unités japonaises, fortes de 600 soldats non-combattants en Irak, ont peint le personnage populaire d’un joueur de football figurant dans un dessin animé (Captain Tsubasa en japonais et le capitaine Majed dans les pays arabes) sur leurs camions-citernes (17). D’évidence, adoucir l’image de ses militaires en Irak, via de sympathiques représentations issues de dessins animés, vise à atténuer d’éventuelles réactions populaires dans le monde arabe contre le Japon. Un diplomate japonais qui a prôné l’utilisation de Captain Tsubasa en Irak a déclaré : « Capitaine Tsubasa est célèbre en Irak et au Moyen-Orient. Le peuple irakien ne savait pas qu'il était japonais – ils pensaient que Tsubasa avait été créé par l’Arabie Saoudite. Mais j'étais sûr que Tsubasa remonterait le moral des enfants irakiens quand ils verraient son image dans les rues. [...] Tsubasa est devenu le symbole de notre bonne volonté " (18).
En théorie, le nouvel accent mis sur les produits culturels peut également servir à masquer les programmes nationalistes et droitiers de l'administration Abe. Le Premier ministre Abe a promu l'Agence de défense au rang de ministère de la Défense et espère faire passer un projet de loi qui permettra qu’un référendum national révise la Constitution pour transformer le pays en un « État normal » qui participe à la sécurité collective. Si cela se réalisait, le Japon ne serait plus contraint par la Constitution à n’exercer qu'un soft power. Le nouvel accent mis par Tokyo sur la diplomatie culturelle convient à la plupart des Japonais si l’on tient compte du spectre idéologique où il se situe : à gauche, une approche non-militariste des relations internationales est perçue comme souhaitable, à droite, on considère qu’il est bon que le monde apprécie les divers aspects de la culture japonaise. Autrement dit, il existe un consensus national quant à la nécessité de construire un soft power, pour des raisons différentes (19).
Selon le libéral et pacifiste Asahi Shimbun (le journal réputé le plus intellectuel du Japon, numéro deux en termes de diffusion nationale), le Japon devrait poursuivre sa voie vers un soft power plutôt que de s’engager dans la quête d’un pouvoir militaire. L'Asahi Shimbun a noté que le Japon « est devenu obsédé par le hard power à l'ère Meiji (1868-1812). Fukoku kyohei – la croyance selon laquelle une nation doit avoir une armée forte pour prospérer – a été à la base de la politique du gouvernement Meiji. La nation, défaite à l’issue de la seconde guerre mondiale, a renoncé à ses ambitions militaires et recherché, en premier lieu, une croissance économique. Cependant, la puissance économique du Japon ayant atteint un sommet, le défi actuel pour ce pays est de savoir comment adoucir son image et construire le meilleur soft power possible (20) ».
L'Asahi poursuit : « Mais, seuls les autres pays peuvent décider quels sont les attributs qu’ils jugeront attractifs pour faire du Japon un allié digne d’intérêt. S’il était perçu comme cherchant à imposer à d’autres ses valeurs, cette attitude irait à l’encontre de ses propres intérêts. Si la communauté internationale en vient à vraiment apprécier la culture du Japon et ses valeurs, si elle les adopte comme faisant partie « d’un bien public à l’échelle mondiale », le Japon pourrait, peut-être, obtenir une place d'honneur dans le monde. [...] Comme le monde à de plus en plus recours à l'utilisation du soft power pour régler les problèmes, dans le cadre d’une coexistence pacifique et d’une coopération mutuelle, plutôt que par la puissance militaire et les pressions économiques, le Japon peut gagner plus de reconnaissance s’il peut mettre en place un soft power qui lui soit propre » (21).
Les instruments du soft power japonais
Bien avant que les mangas et l’animation ne soient cooptés par l'État japonais pour promouvoir sa diplomatie publique, ce dernier s'est appuyé sur la Fondation du Japon, le programme d'enseignement et d’échanges, le programme de l’Agence japonaise de coopération et l'aide au développement. Encourager les étudiants étrangers à venir étudier au Japon fut un autre type d’approche, visant à investir dans une jeune génération en espérant que ces étudiants se transforment en ambassadeurs culturels, en ayant bénéficié du système éducatif japonais, et qu’une fois de retour dans leurs pays, ils tissent des liens d'amitié entre leurs pays et le Japon. Fondée en 1972, la Fondation du Japon est une institution clé, destinée à promouvoir l'éducation en langue japonaise à l'étranger comme aussi les arts, les échanges culturels et intellectuels entre la nation et le monde (22).
Cette fondation a disposé d'un budget de 146,5 millions de dollars pour l'exercice 2005-2006. Avec 19 bureaux à l'étranger, installés dans 18 pays, la Fondation du Japon est représentée en Asie, en Océanie, dans les Amériques, en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique. Jusqu'à présent, la Fondation du Japon a souvent favorisé les formes d'art traditionnelles comme l’austère théâtre Nô, l’Ikebana (composition florale), l'ukiyo-e (estampes) et la cérémonie du thé d'inspiration zen – exquise, raffinée et pittoresque mais ne s’adressant pas à un large public. Toutefois, la Fondation est susceptible de travailler avec le ministère des Affaires étrangères pour promouvoir la culture populaire, ainsi les mangas et l'animation, visant une plus grande ouverture à l’international.
En mai 2007, Tokyo a créé le Prix international du manga et la Commission du premier prix international du manga afin de distinguer des créateurs de mangas contribuant à sa promotion à l'étranger. La commission comprend le ministre des Affaires étrangères, le président de la Fondation du Japon et les membres du comité spécial de la culture populaire du Conseil pour la circulation des personnes entre les frontières (23). Le ministère des Affaires étrangères s’est également assuré le concours de l’Association japonaise des créateurs de dessins animés pour qu’ils envoient des artistes de renom au Comité de sélection de ce prix. Le Prix international du manga a attiré 146 participants provenant de 26 pays ou régions du monde. Fait intéressant, le plus grand nombre de concurrents est venu du monde sinophone, 24 en provenance de Chine (y compris de Hongkong) et 11 en provenance de Taïwan. Les Chinois de souche ont remporté le premier prix en Juin 2007 : Lee Chi Ching de Hongkong (meilleure œuvre); Kai, également de Hongkong (finaliste) et Benny Wong Thong Hou (finaliste), de Malaisie (24).
La Fondation du Japon a ensuite invité les lauréats au Japon pour une visite de dix jours qui comprenait la cérémonie de remise des prix, des rencontres avec des créateurs de mangas japonais, et des visites aux organismes en lien avec ce domaine. En théorie, les Chinois de souche sont en mesure de remporter le Prix international du manga dans les prochaines années, en raison du nombre d’artistes chinois qui créent des mangas et en sont fans, mais reste à voir si le charme du manga peut transformer favorablement l’attitude du peuple chinois envers le Japon, compte tenu d’une absence de réconciliation historique entre ces deux pays.
Le Japan Exchange and Teaching (JET) constitue un autre programme important, un dispositif clé de la diplomatie culturelle japonaise. En 2005, le JET a financé l’accueil de 5 853 jeunes de 44 pays différents, venus étudier au Japon, et a favorisé les échanges internationaux (25). Jusqu’à ce jour, le JET a soutenu plus de 43 000 participants qui ont participé à ce programme d'échanges destiné aux jeunes. Tokyo dispose également de l’équivalent du Corps de la Paix américain, connu sous le nom de Volontaires japonais pour la coopération d'outre-mer (JOCV), un programme auquel participe des volontaires âgés de 20 à 39 ans aidant au développement socio-économique des communautés locales. Depuis sa création en 1965, le JOCV a envoyé plus de 22 000 volontaires dans les pays du tiers-monde (26). L’Aide officielle au développement (6,24 milliards de dollars US en 2007) est un autre pilier du soft power japonais ; elle a été mise en place en vue de gagner l’estime des pays en développement. Au lieu de faire appel à la puissance militaire, Tokyo, plus que toute autre grande puissance, compte sur ce programme d’aide pour étendre son pouvoir (27).
Inciter les étudiants étrangers à venir étudier au Japon, et promouvoir un réseau d'amicale des anciens est un autre moyen d’améliorer la reconnaissance envers le pays hôte. Les chiffres d'étudiants étrangers au Japon ont grimpé d'un peu plus de 40 000 en 1990 à 121 812 en 2005. (28). Promouvoir l'étude de la langue japonaise à l'étranger est une autre façon de renforcer l’attrait pour le Japon et permettre de le comprendre. Fait intéressant, le nombre d'étudiants étrangers qui étudient la langue japonaise en 1990 (juste avant l'éclatement de la bulle économique) était de 981 407, mais s’est élevé à 2 356 745 en 2003, malgré la soi-disant « décennie perdue » (29). Apparemment, beaucoup d'étudiants, au cours des années correspondant à l’effondrement de la bulle financière, ont étudié la langue japonaise pour des raisons économiques, alors que les étudiants d'aujourd'hui l’étudient davantage en raison de leur passion pour les mangas et les dessins animés. Ce faisant, ils peuvent avoir une meilleure compréhension du Japon.
Limites du "Soft Power" japonais
Alors que le ministre des Affaires étrangères Aso se flatte que nombre d'étrangers soient fascinés par les mangas, la réalité se révèle être souvent tout autre. Les médias chinois font remarquer que certains mangas promeuvent des sentiments anti-Chinois (30). En effet, certains artistes de droite, fort connus, en particulier Kobayashi Yoshinori, ont vendu des millions d’exemplaires de mangas qui dépeignent le Japon impérial menant une guerre juste pour libérer l'Asie du colonialisme occidental. Bien que mangas et animations séduisent assurément certains étrangers, l’attrait qu’ils exercent est cependant exagéré, particulièrement dans les pays asiatiques aux valeurs conservatrices et dotés de sentiments religieux. Ils considèrent que certains mangas et dessins animés pour adultes – souvent licencieux et violents – portent atteinte à la bonne moralité de leurs sociétés.
Le soft power du Japon a ses limites. Sans une réconciliation historique avec la Chine
et la Corée du Sud, le Japon ne parviendra pas à vraiment gagner les cœurs et les esprits de ces deux peuples, malgré l'attrait que peuvent exercer ses bandes dessinées et ses dessins animés. Le soft power, assidûment cultivé au fil des années, peut facilement être compromis par les déclarations à l’emporte-pièce et le comportement maladroit d'une nouvelle génération de dirigeants nationalistes quand il s’agit de questions politiquement sensibles ayant trait au passé militariste du Japon. Le Premier ministre Shinzo Abe a d'abord déclaré qu'il n'y avait aucune preuve que le gouvernement japonais ait, durant la guerre, utilisé des femmes asiatiques comme esclaves sexuelles, mais il a présenté des excuses aux « femmes de réconfort » afin d’anticiper sur une résolution non contraignante présentée à la Chambre des représentants des États-Unis enjoignant à Abe de présenter des excuses officielles pour la façon dont le Japon s’était conduit dans ce qu’il qualifie de « femmes de réconfort ».
Pour aggraver les choses, un groupe de politiciens japonais de droite (à la fois du
PLD et du principal parti d'opposition, le Parti démocrate du Japon [PDJ]), des universitaires,
des journalistes et des commentateurs ont réservé une pleine page de publicité dans le Washington Post, en Juin 2007, et dénoncé l'indignation suscitée par la question des « femmes de réconfort », en la qualifiant de déformation grossière. Cet acte de déni, et d’irascibilité, a non seulement renforcé la volonté de nombreux politiciens américains de soutenir la résolution, mais a aussi terni l'image internationale du Japon, en en faisant un pays dépourvu de remords et de sincérité quant aux agressions et aux atrocités commises en temps de guerre.
Le commentaire de l'Asahi Shimbun est pertinent : « Il faut des mois, voire des années, pour construire le respect qui permet de bâtir un soft power – et tout ce qui est acquis peut être perdu en un instant. Lorsque le Premier ministre ou des politiciens de premier plan font, par exemple, des remarques provocatrices qui suscitent la méfiance ou la colère, le Japon perd rapidement de son "attrait" aux yeux d'autres pays » (31).
Il existe d’autres limites au soft power du Japon. Il lui manque, notamment, des institutions comme CNN ou la BBC pour faire entendre sa voix dans le monde ;l’handicape, également, sa réticence à embaucher dans ses universités des enseignants autre que Japonais, hormis des enseignants de langues étrangères, le caractère relativement fermé de la société vis-à-vis des immigrés étrangers afin de maintenir l'homogénéité ethnique et l'ordre social, et le fait que le japonais n'est pas une langue d’échange au niveau mondial. Les meilleurs élèves, en Asie, préfère intégrer l’Ivy League américaine (les huit universités les plus prestigieuses des États-Unis) ou Oxbridge (Oxford et Cambridge), en Grande-Bretagne, mais pas nécessairement le Universités de Tokyo, Waseda et Keio.
Ses combats de sumos, uniques au monde, bien que populaires au Japon, ne sont pas suivis par un large public international contrairement aux compétions de football de l'Europe occidentale. Bien sûr, le sumo et les arts martiaux japonais comme le judo, le karaté, le kendo, le jiu-jitsu et l'aïkido trouvent un écho, mais au sein de petits cercles de non-japonais. Bien que le judo et le karaté soient des sports mis en vedette aux Jeux olympiques, ils font pâle figure comparativement à la popularité internationale du football et du basketball. En revanche, les matches de la Première division anglaise, de la Lega espagnole ou de la Serie A italienne sont diffusés en direct à la télévision et parviennent dans les salons de l'Asie de l'Est (32).
De même, tandis que le Japon a réussi à exporter un petit nombre de joueurs de baseball aux États-Unis et quelques footballeurs en Europe, le baseball japonais et ses ligues de football manquent d'attrait au niveau mondial. En outre, le Japon n’est associé à aucune valeur ou idéaux universels, à la différence de certains pays occidentaux, en particulier les États-Unis, perçus comme des champions des droits de l'homme et de la démocratie. Même si Tokyo a récemment adopté une rhétorique conforme à la démocratie et aux droits de l'homme, d'autres pays asiatiques ne reconnaissent pas nécessairement le Japon comme le parangon de ces valeurs, compte tenu de la façon dont il traite ses minorités ethniques, les Coréens nés au Japon et les Burakumins, [groupe social minoritaire japonais discriminé socialement et économiquement, descendants de la caste des parias de l'époque féodale : wikiipedia.org/wiki/Burakumin, NDT] et en raison du souvenir des atrocités commises lors des guerres contre les Chinois et les Coréens.
En Novembre 2006, le ministre des Affaires étrangères Aso a préconisé une « diplomatie axée sur les valeurs », fondée sur les valeurs « universelles » de la démocratie, la liberté, les droits de l'homme, la primauté du droit, et l’économie de marché. Un critique a noté : « Pour que le Japon soit perçu comme un partisan légitime de la démocratie et des droits de l'homme en Asie du Sud, il doit clairement et irrévocablement couper ses liens avec son passé impérial » (33). Malheureusement, de nombreux politiciens – appartenant soit au PLD (Parti libéral démocrate) au pouvoir, soit au PDJ (Parti démocrate du Japon), la principale force d’opposition DPJ – n'ont pas réussi à le faire. En outre, si le gouvernement d’Abe se proclame avec force champion de la démocratie et s’aligne sur des valeurs de base partagées avec les États-Unis, l'Australie et l'Inde, cette stratégie peut se retourner contre lui car il peut s’exclure ou s'aliéner d’autres pays asiatiques, notamment la Chine qui ne souscrit pas à la démocratie libérale.
En théorie, les expériences nationales du Japon en matière de protection de l'environnement et son rôle dans le Protocole de Kyoto (qui fixe des objectifs aux pays pour réduire les émissions de dioxyde de carbone et lutter contre le réchauffement climatique) peuvent susciter l’image attrayante d'une nation jouant un rôle favorable pour l’environnement. Toutefois, le Protocole de Kyoto expirera en 2012. Afin d'assurer au Japon le rôle de chef de file dans la protection de l'environnement dans les années à venir, le Premier ministre Abe a plaidé en faveur de la réduction des émissions mondiales de gaz à effet de serre, d'ici 2050, et chercherait à définir un cadre contre le réchauffement climatique, le Japon accueillant le sommet du G-8 à Toyakocho, Hokkaido, en Juillet 2008. Mais Tokyo a fermement insisté pour conserver son droit de chasse à la baleine, arguant de « recherches scientifiques », malgré la condamnation des défenseurs internationaux de l'environnement et alors que les flottilles de baleiniers japonais sont responsables du fait que certaines espèces soient au bord de l'extinction. Étant l'un des rares pays au monde qui cherche à abroger l'interdiction de la chasse commerciale à la baleine, le Japon continue d’avoir une mauvaise image internationale dans le domaine de l'environnement (34).
La valeur commerciale des produits culturels japonais dans le monde était estimée à
12,5 milliards US $ en 2002 (35). L'efficacité du soft power japonais est plus difficile à évaluer. L’Assistance au développement (Oda) et la diplomatie culturelle peuvent-elles infléchir les pays d'Asie et les amener à faire ce que le Japon désire ? La réponse est contextuelle. Cela dépend vraiment de ce que veut le Japon et si ses désirs et ses messages sont jugés acceptables par les pays d'Asie. Disposer de gros budgets pour l’Oda, la Fondation du Japon, les programmes JET (pour l’enseignement) et JOCV (les volontaires de la coopération à l’étranger) ne lui donne aucune garantie que d'autres pays répondront aux appels d'offres de Tokyo. Les amateurs de cuisine japonaise l’estiment raffinée, savoureuse et saine, mais il est illusoire de penser que la plupart des amateurs de sushis soutiendront le Japon dans sa quête d’un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations-Unies ou approuvent la visite du Premier ministre à Yasukuni Shrine. On ne peut confondre État japonais et société japonaise. En effet, l’appréciation positive de la société et de la culture japonaises ne se transforme pas aisément en soutien à l'État japonais ni à ses objectifs de politique étrangère.
Selon diverses enquêtes, l'opinion publique en Asie du Sud a tendance à considérer très favorablement le Japon tandis que celles menées en Chine et en Corée du Sud ne lui sont pas favorables (36). Il semble que le pouvoir d’attraction du Japon fait défaut en Chine et en Corée du Sud, en raison de problèmes historiques et de différends territoriaux, nonobstant l'attrait de ses produits culturels. Bien que les Coréens, comme les Asiatiques du Sud-Est, apprécient également mangas et dessins animés, ces produits culturels constituent une condition nécessaire mais non suffisante pour que le Japon puisse avoir une image attrayante en Corée.
Au-delà du soft power japonais, celui de l’Asie orientale
L'utilité des mangas et des dessins animés, afin de développer de bonnes relations à l’étranger, apparaît assez limitée. Nonobstant tous les amoureux de l'Asie qui apprécient ces produits culturels, il en est probablement d’autres qui trouvent ces productions plutôt infantiles et frivoles et donc peu attrayantes. En outre, dans un monde globalisé, le consommateur asiatique est aussi bombardé d’un flot d'images et de produits culturels en provenance de Chine, de Corée du Sud, d'Inde et d'Occident et il est peu probable qu’il ne soit attiré que par ce qui vient du Japon.
Il serait naïf d'exagérer l'influence des produits culturels japonais si Tokyo devait poursuivre des politiques jugées par ses voisins contraires à leurs intérêts. En effet, tous les ambassadeurs culturels et autres prix décernés dans des concours de mangas par le Japon ne seraient pas en mesure d'apaiser les Chinois et les Coréens si un Premier ministre japonais décidait de se rendre, de nouveau, au sanctuaire de Yasukuni.
Transcender un nationalisme de clocher et produire conjointement des produits culturels en Asie de l’Est, capables de séduire en Occident et au-delà, demeure un défi difficile à relever pour le Japon, au XXIe siècle. Si une collaboration transnationale avait lieu, concernant les films, les feuilletons télévisés, les spectacles musicaux, le théâtre, en Asie, au cours des prochaines décennies, non seulement le bénéfice qui en résulterait serait non négligeable, mais cela ouvrirait également la voie à une communauté naissante en Asie de l'Est, pour laquelle des fondements culturels communs demeurent indispensables. Les produits culturels, y compris les mangas et les dessins animés, ne seraient ensuite pas uniquement les marqueurs d'une identité unique et la fierté du Japon mais les emblèmes de la grande Asie de l'Est – ludique, rentable et attrayante, bien au-delà de ses rives. Si ce scénario devait se concrétiser, il sera plus utile de parler du soft power de l'Asie orientale et non pas seulement de la Chine ou du Japon.
En Mars 2007, le Japon et Singapour ont convenu d'établir un Centre culturel du Japon pour
diffuser la culture populaire japonaise en Asie du Sud. Le ministère japonais des
Affaires étrangères écrit : « Le Premier ministre Abe a déclaré que la création du Centre culturel japonais (proposition faite par Singapour d’établir un centre afin de diffuser des informations sur le Japon, en particulier culturelles) a été d’une grande importance. [...] Le Premier ministre Lee (Hsien Loong) a pour sa part déclaré que le Centre japonais « pourrait servir de base pour le Japon afin d'exercer son soft power dans le Sud de l'Asie, et a proposé que les deux pays produisent conjointement des programmes de télévision présentant des informations sur la culture et les modes de vie japonais à diffuser en Asie du Sud et que les deux pays collaborent dans l'industrie des médias interactifs» (38).
Peut-être, le modèle de coopération culturelle entre le Japon et Singapour préfigure-t-il de nouvelles relations avec d'autres pays du Sud asiatique, avec la Chine et la Corée du Sud, pour les prochaines décennies. Plutôt que de privilégier une voie à sens unique au travers de laquelle Tokyo cherche à promouvoir sa culture et son soft power en Asie de l'Est, il conviendrait également d'explorer des partenariats afin d’encourager l'Asie du Sud, la Chine et la Corée du Sud à établir leurs centres culturels au Japon. L'acceptation et la valorisation des cultures contemporaines des autres pays d'Asie par le Japon les rendraient probablement encore plus réceptifs au soft power japonais. Et si le Japon peut régler le problème de son histoire avec ses voisins, le soft power japonais en sortira renforcé dans la région.
Peng Er Lam, chercheur à l’East Asian Institute
Mise en ligne : septembre 2011
Texte original publié en anglais en 2007 : « Japan’s Quest for “Soft Power” : Attraction and Limitation »,in East Asia : An International Quarterly, Volume 24, N° 4, Springer, 27 october 2007. Tous droits réservés
Traduction Sébastian Reichmann
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NOTES
(1) Cf. Matt Thorn, “Japan: The Hollywood of Manga”, Japan Echo, avril 2006, et “Manga Mania” in Japan Plus : Asia-Pacific Perspectives, Vol.4, No.11, mars 2007, pp. 3-21. La Seika University de Kyoto a créé la première faculté de manga en 2006. Le Kyoto International Manga Museum a aussi été créé dans cette même ville. 2. Ministry of Foreign Affairs, Japan, Diplomatic Bluebook 2006, p.208.
(2) Ministry of Foreign Affairs, Japan, Diplomatic Bluebook 2006, p.208.
(3 ) “Japan pitches pop culture for diplomacy”, Reuters, 28 April 2006. (15 February 2007). Cf. The Ministry of Foreign Affairs of Japan, “A New Look at Cultural Diplomacy: A Call to Japan’s Cultural Practitioners: Speech by Minister of Foreign Affairs Taro Aso at Digital Hollywood University”, 28 avril 2006.
(4 ) Ibid.
(5) “Pop culture takes center stage in Japanese diplomacy”, Kyodo News, 22 Decembre 2006.
(6) “Aso eyes comic-book heroes to rescue diplomacy”, Asahi Shimbun, asahi.com, 8 janvier 2007.
(7) Cf. Ministry of Foreign Affairs of Japan, “Policy Speech by Minister for Foreign Affairs Taro Aso to the 166th Session of the Diet”, 26 Janvier 2007.
(8) Sur les icones culturelles japonaises, cf. Saya S. Shiraishi, “Japan’s Soft Power: Doraemon Goes Overseas” in Peter J. Katzenstein and Takashi Shiraishi (eds), Network Power: Japan and Asia (Ithaca and London: Cornell University Press, 1997) et David Leheny, “A Narrow Place to Cross Swords: ‘Soft Power’ and the Politics of Japanese Popular Culture in East Asia” in Peter J. Katzenstein and Takashi Shiraishi (eds), Beyond Japan: The Dynamics of East Asian Regionalism (Ithaca and London: Cornell University Press, 2006). Cf aussi Wochi Kochi, Vol.13, October 2006, une publication de la Japan Foundation.
(9) Joseph S. Nye, Jr. “Bound To Lead: The Changing Nature of American Power” (New York: Basic Books, 1990) pp.188-201.
(10) Douglas McGray, “Japan’s Gross National Cool”, Foreign Policy, mai/juin 2002.
(11) Cf. Watanabe Yasushi, “sofuto pawa ron saiho” [Revisiting soft power], Wochi Kochi, Vol.13, October 2006. Cf. aussi Kato Norihiro, professeur à Waseda University, “Kato urges Japan to use soft power”, Nikkei Weekly, 6 March 2006. Sur le thème d’un“Cool Japan”, cf. Gaiko Forum, June 2004.
(12) Cf. Aoki Tamotsu, “Toward Multilayered strength in the ‘cool’ culture’, Gaiko Forum, Summer 2004, p.16.
(13) Le modèle de développement économique dit du « vol d'oies sauvages » de l'Est asiatique (avec le Japon comme l'oie de tête) est devenu obsolète avec la montée en puissance de la Chine. Les deux grandes puissances d'Asie sont également en compétition en Asie du Sud, en particulier pour l'établissement de conventions bilatérales et multilatérales de libre-échange avec la région.
(14) Yoshizaki Tatsuhiko, “Japan, The Quiet Genius: Towards a Strategic Public Diplomacy”, Gaiko Forum, Vol.7, No.1, printemps 2007, p.26.
(15) Cf. Heng Teow, Japanese Cultural Policy Toward China – 1918-1931: A Comparative Approach (Cambridge, Massachusetts, Harvard University Asia Center, 1999).
(16) L'Allemagne est peut-être la seule autre grande puissance d'aujourd'hui, qui ne recours pas au hard power en raison de sa défaite après la seconde guerre mondiale. Cependant, l'Allemagne a dépêché des troupes au sol en Afghanistan alors que le Japon ne l’a pas fait. Les troupes au sol de Tokyo ont été déployées uniquement pour des opérations non-combattantes ou « humanitaire » dans le cadre des Nations Unies. Pour les Etats-Unis, la «puissance douce» est simplement le gant de velours qui couvre la poigne de fer, le Japon ne disposant que d'un gant de satin, sans poigne de fer.
(17) Un journal a déclaré : « Certains ont même suggéré que le capitaine Majed a permis aux Japonais de ne pas être attaqués pendant la mission de deux ans et demi en Irak ». Cf. « Le gouvernement du Japon compte sur des dessins animés sympathiques pour rehausser son profil de l'étranger », Mainichi Interactive, 18 Février 2007. Il est difficile de dire si les dessins animés ont réellement contribué à créé une bonne image des Japonais en Irak. Qu'ils n'aient pas été attaqués par les insurgés irakiens pourraient être simplement dû au fait que les soldats japonais n’ont pas été déployés sur des zones exposées, ou peut-être ont-ils été tout simplement chanceux.
(18). Okazaki Shiori, “A Japanese Comic Hero cheers Iraqi Children”, Japan Now, Vo.1, No.8, 1 décembre 2005. Cf. aussi The Ministry of Foreign Affairs of Japan, “A New Look at Cultural Diplomacy: A Call to Japan’s Cultural Practitioners: Speech by Minister of Foreign Affairs Taro Aso at Digital Hollywood University”, 28 avril 2006.
(19). Cependant, au Japon, certain doutent du soft power de la diplomatie japonaise, cf., par exemple, Ogoura Kazuo, “The Limits of Soft Power”, in Japan Echo, Vol.33, No.5, October 2006.
(20) “Soft power: Strive to be a ‘caring’ nation so as to help others that are less fortunate”, Asahi Shimbun, 23. may 2007.
(21). Ibid.
(22). Cf. Japan Foundation, Annual Report 2005-06.
(23). Cf. Ministry of Foreign Affairs of Japan, “Establishment of the International Manga Award”, 24 mai 2007.
(24). The Ministry of Foreign Affairs of Japan, “First International Manga Award”, 29 June 2007.
(25). Ministry of Foreign Affairs, Japan, Diplomatic Bluebook 2006, p.204.
(26). Cf. Ministry of Foreign Affairs of Japan, “Evaluation study on the Japan Overseas Cooperation Volunteers (JOCV) Program”, 2001.
(27). The Ministry of Foreign Affairs of Japan, “Japan’s ODA budget”. (Accessed: 4 March 2007). David Arase argues that Tokyo utilizes ODA to “purchase” power. See David Arase, The Political Economy of Japan’s Foreign Aid (Boulder: Lynne Rienner, 1995).
(28). Ministry of Foreign Affairs, Japan, Diplomatic Bluebook 2006, p.206.
(29). Ibid., p.208.
(30). Les médias chinois ont noté que l'opinion négative du public japonais envers la Chine a coïncidé « avec l’apparition de mangas anti-chinois sur les rayonnages à Tokyo". Cf. « Japan divided on neighborly ties », Le Quotidien du Peuple en ligne, 9 Janvier 2006. Bianca Bosker note que certains, en Chine " ont déjà considéré les mangas japonais comme un outil d'endoctrinement". Elle observe: "Un article publié par le journal chinois Times Global, en Juin 2006, a accusé les mangas de tenter de « refaire l'histoire» pour couvrir les crimes de guerre du Japon et d'infecter les enfants chinois avec les valeurs japonaises". Voir Bianca Bosker, "Manga Mania", the Wall Street Journal, 31 août 2007.
(31). “Soft power: Strive to be a ‘caring’ nation so as to help others that are less fortunate”, Asahi Shimbun, 23 mai 2007.
(32). Les Britanniques ont noté que les matchs de sa « Premier League » de football sont "diffusés dans 195 pays dans le monde, et comptent plus de 600 millions de spectateurs ; on estime que 60 % des hommes chinois, avec des chiffres plus élevés parmi les jeunes professionnels, suivent ces matches régulièrement. Cela illustre non seulement la portée impressionnante de ce sport, mais aussi le rôle et l'impact potentiels d’organisations non gouvernementales et de la diplomatie publique informelle ". Voir Lord Carter of Coles, « Public Diplomaty : Review, Décembre 2005, p.31.
(33). David Fouse, “Japan’s ‘value-oriented diplomacy’, International Herald Tribune, 22 March 2007.
(34). Cf. David McNeill, “Japan and the Whaling Ban: Siege Mentality Fuels ‘Sustainability’ Claims”, in Japan Focus, 13 février 2007. Au 19e siècle, les baleiniers américains chassaient le cachalot, le rorqual à bosse et le rorqual bleu, en voie d'extinction. Toutefois, les normes internationales ont changé et le reste des pays pro-chasse sont le Japon, la Norvège et l'Islande.
(35). Anthony Faiola, “Japan’s animated culture of Cool turns into biggest export: reinvents itself after long slump”, Washington Post, 4 janvier 2004.
(36). Cf. Ministry of Foreign Affairs of Japan, “2006 Image of Japan Study in the US”, août 2006.
(37). Selon une étude parue en mars 2005, réalisée par l’Asahi Shimbun et l’Institut de sociologie de l’académie chinoise en sciences sociales, 64,1 % des personnes interrogées percevaient le Japon de façon défavorable ; seuls 7, 8 % avaient une opinion positive. Cf. “Special research on Chinese attitudes toward Japan and other nations” in the Mansfield Asian Opinion Poll Database. (Accessed : 4 March 2007). Toutefois, dans une enquête menée conjointement dans sept pays d'Asie (Japon compris) par le Yomiuri Shimbun, le Korea Times (Hankook Ilbo) et le groupe Gallup, l’Inde, l’Indonésie, la Malaisie, la Thaïlande et le Vietnam avait une image très favorable du Japon. La Corée du Sud était l'exception. Cf. "Nihon no yakuwari Takai hyoka" [une vaste évaluation du rôle du Japon], Yomiuri Shimbun, 10 Septembre 2006.
38. The Ministry of Foreign Affairs of Japan, “The Japan-Singapore Summit Meeting (Summary)”, 20 March 2007.








