L'Inde et le Soft Power

Par Vaiju Naravane, journaliste, correspondante à Paris pour l'Europe du quotidien indien The Hindu.

Correspondante depuis 1980 à Paris pour l’Europe du grand quotidien indien en langue anglaise The Hindu, Vaiju Naravane fut auparavant correspondante de  The Times of India et The Hindustan Times. Elle enseigne à l’école de journalisme de l'Institut d'études politiques (IEP) de Paris. Elle est également éditrice aux éditions Albin Michel, . où elle dirige la branche « littérature étrangère ».

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L’Inde, étant donné sa taille, sa population et son développement économique, n’a pas Le statut de grande puissance qui devrait lui revenir sur la scène internationale. Néanmoins, en dépit des faiblesses du pays, pauvreté massive, inégalités, corruption…, l’Inde dispose d’une arme presque magique qui travaille à son avantage pour son image dans le monde : un héritage artistique et culturel extrêmement riche que l’initiative privée diffuse sur tous les continents sous la forme de produits séduisants, séries télévisées, cinéma musique, arts contemporains, etc. Un soft power qui, appuyé sur une véritable démocratie et une société civile vigoureuse, lui donne d nombreux atouts pour le futur.

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Soft Power : ce concept si subtil et indéfinissable ne peut pas être traduit en termes de résultats commerciaux ou d'exportations, ni en millions de dollars dépensés pour augmenter la puissance militaire d’un État, ni par le revenu par habitant dans un pays donné. Joseph Nye, le célèbre professeur de Harvard qui inventa ce terme avait décrit le soft power comme étant « l'influence et l'attractivité que possèdent une nation lorsque d'autres pays sont attirés par sa culture et ses idées ». C'est la notion d'un pouvoir exercé non par des moyens coercitifs, militaires ou politiques, mais par l’attraction qui permet de séduire l'imagination collective d'autres sociétés, par la diffusion de la culture, des valeurs et des idées. Dans la terminologie populaire, il s’agirait de gagner les coeurs et les esprits.

À une époque où le Jasmin, le Velours, la couleur orange et autres révolutions balayent le monde,  appelant à la liberté, dénonçant la tyrannie, et que les dernières guerres, menées en Irak, en Afghanistan, où plus récemment en Lybie, se sont avérées vaines et contre-productives, l’importance et la signification du « soft power » ont gagné en importance, comme jamais auparavant.

L’arme magique d’un riche héritage artistique et culturel

La plupart des observateurs politiques pensent que l’Inde, étant donné sa taille et sa population, n’a pas la place qu’elle devrait avoir sur la scène mondiale, en termes politiques, économiques ou militaires. En dépit de ses demandes répétées, on lui a refusé jusqu’à maintenant un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies. New Delhi n’exerce pas non plus son influence sur un pacte militaire d’importance ou sur une alliance politique majeure. Le non-alignement est mort et au fil des années, l’Inde a perdu une partie de la haute position morale qu’elle détenait quand le Mahatma Gandhi ou Pandit Jawaharlal Nehru avaient forgé une Inde indépendante par des moyens non-violents, une démocratie débutante dans un pays étendu, pauvre et largement analphabète. Les appels à l’aide de l’Inde, victime du terrorisme, soit téléguidé par un État, soit par des forces situées à la frontière du Pakistan, ont tendance à être ignorés et considérés comme la conséquence d’un conflit régional vieux de plusieurs décennies ;
l’Inde n’est pas perçue comme étant l’objectif d’un jihad international, comme peuvent l’être les démocraties occidentales. Ce refus du statut de grande puissance provoque souvent la frustration de New Delhi.
 
Mais l’Inde est en possession d’une arme presque magique, intangible, qui travaille à son avantage, en dépit d’autres facteurs négatifs prédominants dans les perceptions que peut en avoir le reste du monde, à savoir : la survivance des castes, la pauvreté massive, les inégalités, les carences des pouvoirs publics, la corruption omniprésente et les conflits locaux. Et cette arme magique, c’est le « soft power » que confortent une floraison ininterrompue de créations issues de son héritage artistique et culturel, l’histoire non-violente de sa civilisation et, plus près de nous, son cinéma (surtout Bollywood mais aussi un courant significatif de cinéma d’auteur), sa littérature et son art contemporains (y compris la danse, la musique et la peinture), l’art populaire, la nourriture, les prouesses intellectuelles et scientifiques, par exemple la conquête de l’espace, les apports de sa diaspora, riche et diversifiée, ou encore son impressionnant développement économique.

Presque 90 % des ménages afghans qui possèdent un poste de télévision participent à ce qui est devenu presqu’un rituel quotidien, en regardant un feuilleton indien appelé Saas Bhi Kabhi Bahi Thi, doublé en dari (l’une des langues officielles de l’Afghanistan) et diffusé par la chaîne privée Tolo TV . Il s’agit d’un interminable drame familial articulé autour du légendaire conflit entre la belle-mère et la belle-fille, qui passe en revue toute la gamme des relations, leurs hauts et leurs bas qui sont le pain quotidien de la vie dans une communauté familiale. Les Afghans raffolent de cette série télévisée, et l’Inde n’est pas perçue comme une puissance menaçante qui envoie des drones et des bombes provoquant des « dommages collatéraux » mais comme une présence généreuse et amicale. L’Inde n’a pas de troupes en Afghanistan. Au lieu de rejoindre la coalition militaire, New Delhi a choisi l’option plus « soft » de la construction de routes et d’hôpitaux, d’écoles et de ponts ou d’assurer le divertissement d’une population affamée de culture.

D’Afghanistan au Zimbabwe, en passant par le Pakistan, l’Allemagne, le Royaume-Uni et plus récemment la France, les films indiens ont conquis les cœurs avec leurs excentricités dont le seul but est l’évasion : des héroïnes merveilleuses, des lieux opulents, des histoires simples, des airs cadencés et des happy ends. Aishwarya Rai, Shah Rukh Khan ou Amitabh Bachchan sont devenus des noms familiers. Leurs statues en cire peuvent être vues à côté de celles du Mahatma Gandhi ou de Mère Theresa chez Madame Tussaud ou au Musée Grévin, et en chair et en os, ils sont assaillis par des fans enthousiastes et effrénés aussi bien à Dubai qu’à Londres, Berlin, Paris ou Singapour.

La décision du gouvernement pakistanais de lever l’interdiction des films produits par Bollywood est l’une des victoires gagnées par le soft power de l’Inde, ces dernières années. « Nous captons ici des chaînes pakistanaises comme Geo TV, mais personne ne les regarde. Tout le monde va à la Gare du Nord pour chercher des films pirates de Bollywood. C’est étrange. Nous adorons la culture indienne – nous partageons un même génie culturel –, mais politiquement l’Inde est le pays qu’on nous a appris à haïr ! », nous a dit Hussain Ali, un Pakistanais vivant à Paris.

Le commentaire de la dame qui tient une blanchisserie à Paris, à laquelle je donne mes vêtements à nettoyer, fut plus surprenant encore.  Cette femme, appartenant à la classe moyenne, approchant la soixantaine, est établie dans le quinzième arrondissement, un quartier parisien conservateur. « Maintenant je vais rarement au cinéma. Mon mari et moi regardons des films indiens sous-titrés, à la maison. Ils sont drôles, faciles à regarder et ils nous donnent une image totalement nouvelle de l’Inde. Ils ont des valeurs familiales fortes. Vos films sont beaux, avec une musique merveilleuse, et leur humour est sain et bon. L’Inde semble être une société ouverte, démocratique, qui ressemble beaucoup à la nôtre. J’aimerais d’avantage accueillir des immigrés venus d’Inde que des Chinois, des Arabes ou des Noirs », a-t-elle ajouté.
 
Bollywood a été prompt à repenser ses produits pour répondre aux demandes d’une audience globalisée, de plus en plus large. Les films indiens ne sont plus des drames familiaux
affreusement longs que l’on suivait le souffle coupé et dont le point de vue était lourdement paternaliste. Des thèmes comme l'homosexualité, l'amour entre un homme plus âgé et une femme beaucoup plus jeune, la corruption, les turpitudes du monde de la mode, le divorce (sujet tabou il y a dix ans), ont transformé le cinéma indien en lui donnant un attrait plus large et plus universel.

Dans le domaine littéraire, des auteurs comme Vikram Seth, Salman Rushdie, Rohinton Mistry, Arundhati Roy ou Tarun Tejpan sont devenus des valeurs sûres dans le monde anglo-saxon. Ils ont joué avec la langue anglaise, en la tordant dans tous les sens pour créer de nouvelles expressions et des nouvelles tournures, en enrichissant la langue et en inventant des formes romanesques. Ils ont gagné une multitude de prix littéraires prestigieux, du Booker Price au Prix Pulitzer, sans parler du Prix Orange, du Costa, de l'Impec, du Betty Trask ou d'autres prix littéraires importants britanniques ou américains.

La danse indienne et la musique classique avaient été considérées autrefois comme ennuyeuses et inaccessibles, lointaines et élitistes, ou "baba cool" par beaucoup d'Occidentaux. Alors que les chants classiques comme le Khayal peuvent être considérés comme difficiles par beaucoup, les spectacles de danse dans les styles classiques Kathak, Bharatanatyam, Kuchipudi ou Odissi sont donnés dans des théâtres comme le Théâtre de la Ville de Paris qui a une capacité de mille places. Jacqueline Magnier, responsable de la communication, nous a déclaré : « Nos spectacles indiens ont toujours lieu à guichets fermés. Le public en demande toujours plus. À la fin de chaque représentation, retentit un tonnerre d'applaudissements et le public refuse de bouger jusqu'à ce que les artistes rejouent une petite scène avant que le rideau tombe ». Par ailleurs, des danseurs classiques comme le virtuose du Kathak, Akram Khan, expérimentent des chorégraphies avec des danseurs occidentaux ou des acteurs ou actrices comme Juliette Binoche. Le fameux jazzman Didier Lockwood a travaillé avec le danseur Raghunath Manet, et le danseur Kuchipudi Shantala Shivalingappa a fait partie de la compagnie Pina Bausch et donne maintenant des spectacles de danse moderne en solo.

Le monde de la musique a changé également grâce à des musiciens qui construisent des ponts pour relier l'Est et l'Ouest. Les expérimentations initiées par Ravi Shankar et Jean-Pierre Rampal dans leurs concerts de flûte et sitar, intitulées « L'Est Rencontre L'Ouest », ont ouvert la voie pour fusionner jazz et percussion (un style initié par le maître du tabla, Zakir Hussain et son groupe Shakti), le mélange créé en Angleterre entre le rock Bhangra et le rap, sans oublier le numéro de Jai Ho du film couronné d'un Oscar, Slum Dog Millionaire et beaucoup d'autres.

La cuisine fait partie des autres conquêtes indiennes, particulièrement en Grande-Bretagne, où le poulet tikka masala, une préparation qui n'existe pas dans la cuisine traditionnelle, est devenu le plat national favori ! À Paris, on apprécie beaucoup Sarvana Bhavan, une chaîne de restaurants végétariens qui servent des plats authentiques du sud de l'Inde comme le Idli, du dosa ou du café filtre, et qui sont pleins à craquer de 22 heures à 23 heures, sept jours sur sept. Tandoori est devenu synonyme de cuisine indienne et les restaurants pakistanais se sentent obligés d'annoncer une "cuisine indo-pakistanaise". Se présenter comme étant simplement pakistanais n'est pas considéré comme une bonne tactique commerciale.

Le dynamisme de l’initiative privée pour diffuser la culture indienne

La France utilise l'Alliance Française pour canaliser ses actions de soft power. La Grande-Bretagne utilise de la même manière le British Council, pendant que les Italiens, les Espagnols, les Allemands, et maintenant même les Chinois, sont engagés dans une diffusion active de leur culture via des organisations comme les Instituts Dante, Cervantes, Goethe, Confucius. L'Inde, à part le ICCR (Indian Council for Cultural Relations), une organisation bureaucratique mal gérée et disposant de peu de moyens, qui dirige quelques centres culturels dispersés dans plusieurs capitales occidentales comme Londres ou New York (à Paris, hélas, il n'y a pas d'institut culturel financé par le gouvernement indien), n'a pas de politique bien pensée et active. La diffusion de la culture indienne est chaotique et imprévisible, à l'image du pays lui-même. Il est vrai que les ambassades de l'Inde s'impliquent dans de grands festivals officiels, organisés à l'étranger mais seulement quand Air India, la compagnie nationale d'aviation, mal gérée, mal en point, presque au bord de la faillite, accepte de procurer des billets gratuits à quelques artistes ; mais ceci ne peut se comparer aux évènements culturels subventionnés par des gouvernements occidentaux (ni même, maintenant, à ce que peut faire le gouvernement chinois).

Une bonne partie du nouveau dynamisme peut être mis au compte de l’initiative privée, un dynamisme d’entreprise. Des médecins praticiens de l’Ayurveda, comme Issac Massai, qui gère le marché en expansion de l’Institut Ayurveda Soukya près de Bangalore, ont créé des produits facilement accessibles et pouvant être consommés par le public occidental, à partir de pratiques indiennes ancestrales de guérison. Sa ferme bio, et le fait que toutes les huiles essentielles sont extraites de plantes cultivées sans pesticides ou autres produits chimiques, lui ont valu le patronage inestimable de personnalités comme le prince Charles. Le Yoga, l’Ayurveda, la guérison Prana, la médecine naturelle ou le Reiki existent à côté d’hôpitaux considérés parmi les mieux équipés et les plus sophistiqués du monde. Considérée autrefois comme une destination « baba cool » pour des âmes occidentales perdues à la recherche d’un salut spirituel, l’Inde est devenue une destination non seulement pour sa médecine naturelle et alternative, mais aussi pour des traitements allopathiques contemporains. Le leader socialiste Michel Rocard, qui a souffert d’une attaque cérébrale au cours d’un voyage en Inde, et a dû subir une intervention chirurgicale d’urgence au cerveau, a déclaré qu’il n’avait jamais reçu, auparavant, des soins médicaux d’une telle qualité. L’Inde est devenue le premier producteur mondial de médicaments génériques, et son industrie pharmaceutique rivalise avec les meilleures du monde.

L’art indien contemporain, longtemps ignoré par l’Occident fait  fureur grâce à une grande exposition intitulée « Paris-Delhi-Bombay », organisée par le Centre Pompidou de mai à septembre 2011. Les trois-quarts des œuvres ont été spécialement conçues pour cette exposition par des artistes indiens invités en France ou  par des artistes français inspirés par l’Inde. L’artiste d’origine indienne Anish Kapoor a obtenu un énorme succès avec son exposition « Leviathan » organisée au Grand Palais et il est peut-être aujourd’hui le sculpteur le mieux payé du monde. D’autres artistes aussi, comme M.F. Hussain, Raza, Francis Souza, Atul Nodia, Nalini Malani, Arpita Singh ou Subodh Gupta ont gagné la reconnaissance du très exigeant milieu artistique français.

Comment s’est produite cette transformation ? Tout a commencé avec les réformes économiques de 1991. Se trouvant dans une situation proche de l’autarcie, l’Inde s’est lancée dans une série de réformes qui ont ouvert ses marchés et  ses frontières douanières, libérant ainsi un flot d’énergie créatrice. Ce fut comme si des gens, longtemps réprimés par les contrôles sévères du gouvernement et une bureaucratie autocratique, avaient soudainement retrouvé leur liberté. En 20 ans,  l’Inde a fait des avancées massives non seulement dans le domaine économique mais aussi dans les domaines culturel et artistique. Les forces motrices de cette évolution spectaculaire ont été les élites éduquées et la diaspora indienne de Grande-Bretagne et des États-Unis. Contrairement à la France, où la plupart des Indiens sont toujours considérés comme des immigrés relativement démunis, petits commerçants ou restaurateurs, l’image des Indiens aux États-Unis et en Grande-Bretagne équivaut à études supérieures de haut niveau, esprit d’entreprise, capacité de travailler dur. Aux États-Unis, les Indiens représentent la minorité la plus riche et la plus qualifiée, dotée d’une immense influence politique. Le lobby indien au Congrès des États-Unis a participé à l’élaboration de leur politique récente à l’égard de l’Inde, en rapprochant beaucoup les deux pays. Le plus grand nombre de millionnaires en Grande-Bretagne sont maintenant Indiens et la communauté bénéficie d’une grande estime.

Les atouts de la démocratie indienne

La démocratie durable de l’Inde et sa presse vraiment libre sont d’autres facteurs qui alimentent le soft power. Des débats très critiques et constants ont lieu dans le pays où attaquer le gouvernement est devenu un sport quotidien dans les médias. Certes, la démocratie indienne est loin d’être parfaite. Les services publics sont souvent corrompus et de mauvaise qualité et il existe aussi une importante corruption dans les hautes sphères. On constate, également, une collusion entre le gouvernement et les hauts dirigeants des grandes sociétés. Néanmoins, l’Inde est dotée d’une Cour suprême qui agit pour protéger les droits des citoyens, par exemple, en demandant au gouvernement qu’il réduise la pollution dans la capitale par l’obligation faite aux transports publics – autobus, taxis ou scooters rickshaws – de ne rouler qu’avec du gaz non polluant. Une récente décision importante de la Cour suprême a contraint le gouvernement à puiser dans les réserves excessives de nourriture afin de les distribuer gratuitement aux pauvres. La société civile en Inde est vigoureuse et bruyante et, actuellement, une nouvelle coalition est en train de se constituer entre certains médias responsables, la Cour suprême et la société civile. On peut discerner une préoccupation réelle, émanant de la jeunesse indienne, pour son pays et ses richesses et un désir intense de participation à la vie sociale.

Les comparaisons avec la Chine sont inévitables. Pékin a été parfaitement capable d’organiser les Jeux olympiques. Par contre, l’organisation par l’Inde des Jeux du Commonwealth, en octobre 2010, s’est soldée par un sentiment de honte et d’opprobre, en raison de sa très mauvaise organisation et de la corruption du comité d’organisation. Ce sont les journaux indiens qui ont révélé ce laisser-aller et cette corruption, en dénonçant sans pitié les coupables. Cette ouverture, cette capacité à critiquer ses comportements – comparés à l’efficacité impitoyable, à la discipline et au contrôle imposé par la Chine – ont fait que des millions de gens dans le monde se sont pris de passion pour l’Inde. Le modèle chinois inspire le respect mais aussi la peur. Le modèle de l’Inde évoque un mélange de chaleur, de sympathie et d’ennui.

Dans les décennies à venir, l’Inde aura un autre avantage face à la Chine et à l’Occident : la démographie. La pyramide des âges en Chine est déjà sur le déclin. En 2030, plus de 40 % de la population de l’Inde sera dans le groupe d’âge des 15-35 ans. L’Inde peut devenir un acteur planétaire majeur si le gouvernement fait preuve de détermination et de sagesse et donne à la jeunesse sa chance, par le biais d’investissements massifs dans l’éducation et la santé ainsi que par la création d’emplois. La croissance actuelle de l’Inde ne bénéficie pas à tout le monde. Environ 700 millions de personnes vivent avec moins de deux dollars par jour, et c’est seulement si cet extraordinaire potentiel humain est correctement et humainement traité que le pays pourra accomplir son vaste projet. La société civile indienne s’efforce de faire bénéficier de cette croissance un plus grand nombre de personnes et se mobilise pour des programmes en faveur des plus démunis afin d’aider le pays à choisir le bon chemin. Mais la classe politique dirigeante de l’Inde fera-t-elle preuve de la même sagesse ?

Vaiju Naravane, journaliste, correspondante à Paris pour l'Europe du quotidien national The Hindu.

Traduction : Sebastian Reichmann

Mise en ligne : septembre 2011

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