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Vice-présidente (2000-2005) puis présidente de l’Apimed depuis 2006, la Catalane Isona Passola a une riche expérience de productrice audiovisuelle. Depuis 1980, elle a produit de nombreux long métrages pour le cinéma et des documentaires et fictions pour la télévision, avec sa société, Massa d'Or Produccions, basée à Barcelone. Parmi beaucoup d'autres films, elle a notamment produit les longs métrages d’Agusti Villaronga « El Mar », réalisé par Agusti Villaronga, Prix Manfred Salzberg à la compétition officielle de la Berlinale 2000, et « Pà Negre » en 2009. Elle a elle-même réalisé en 2009 le documentaire « Catalunya vs España » en 2009, sur les relations entre l’Espagne et la Catalogne. Très engagée dans la défense des producteurs, Isona Passola a aussi été la vice-présidente de la Fédération des producteurs espagnols, Fapae (1994-1999) et présidente de l'Association de producteurs catalans, PAC (1997-2001).
L’union fait la force. C’est pourquoi l’Apimed regroupe plusieurs centaines de producteurs audiovisuels indépendants venus du Nord et du Sud de la Méditerranée. Sa présidente, la productrice catalane Isona Passola, explique pourquoi cette coopération entre producteurs, souvent fragiles, est indispensable pour que leurs productions aient accès au marché et pour favoriser le dialogue entre peuples méditerranéens en donnant à voir leurs vécus respectifs.
Comment est née l’idée de créer une association de producteurs méditerranéens, l’Apimed ?
Isona Passola : L’absence d’un organisme représentatif des producteurs audiovisuels nous est apparue de façon évidente lors de l’assemblée de la Copeam à Marseille, en 1997; il y avait là des producteurs indépendants venus de différents pays méditerranéens, isolés, fragiles, globalement peu représentatifs par rapport aux importantes institutions présentes dans le secteur audiovisuel, mais avec une capacité créative et un potentiel de dialogue énorme et, pourtant, avec l’ambition de coproduire ensemble. C’est en raison de ce constat que les producteurs présents ont décidé de créer cette association, l’Apimed, qui s'est constituée lors du Congrès de Montpellier en novembre 1997.
L’existence d’une telle association, tangible et solide, est le meilleur moyen de développer la collaboration avec les différents partenaires. Qu’il s’agisse des institutions européennes ou des organismes trans-méditerranéens, qu’il s’agisse des diffuseurs ou de leurs organisations, chacun doit trouver intérêt à cette collaboration.
Aujourd'hui, l'Apimed représente plus de 400 producteurs indépendants de cinéma et de télévision, issus de la plupart des pays riverains de la Méditerranée. Nous souhaitons ainsi apporter notre contribution au développement de l’audiovisuel et du cinéma méditerranéens.
Pour l’Association, l’audiovisuel doit être proche de la réalité des peuples méditerranéens. Pour cela, il est nécessaire de développer la coopération entre tous les partenaires de l’univers audiovisuel afin de conforter nos propres productions par des actions visant à : produire et montrer nos films, consolider les structures de production, favoriser l’accès à notre propre marché et consolider ce marché lui-même. C’est la manière la plus facile et la plus efficace de favoriser le dialogue entre le Nord et le Sud de la Méditerranée.
Qui peut adhérer à l’Apimed et pourquoi ?
I. P. : L’Apimed rassemble les producteurs indépendants de cinéma et de télévision du bassin euro-méditerranéen qui ont la volonté de bénéficier de la coopération qu’elle développe entre ses membres. Peuvent être associés les professionnels et les entreprises de production du secteur audiovisuel de tous les pays de la Méditerranée. Sont aussi les bienvenus les associations de producteurs cinématographiques et audiovisuels ainsi que toute personne ou collectif intéressés par le secteur. Il y a deux modalités d’adhésion, les professionnels à titre individuel ou les associations à titre collectif.
L’association facilite les contacts, les coproductions, la défense des cultures propres, la liberté de choisir ce que l'on veut donner à voir et, surtout, veille aux garanties de la liberté d'expression et de la diversité des différentes formes de pensée et de création dans la Méditerranée.
Pourquoi le choix de Barcelone en 1999 pour son secrétariat permanent ?
I. P. : En septembre 1999, l’Apimed installe son secrétariat permanent au siège de l’Institut européen de la Méditerranée (IEMed) à Barcelone pour plusieurs raisons. En premier lieu, l'adhésion de l'Association catalane des producteurs audiovisuels (Productors Audiovisuals de Catalunya, PAC) à l’Apimed a été très positive : avec ses dizaines de membres, elle a accru notablement les possibilités de développement de l’Association. De plus, Barcelone dispose d'une industrie puissante et moderne, avec un haut niveau technologique, très compétitive, qui a permis à la ville de devenir une capitale importante de l'audiovisuel et du multimédia en Méditerranée.
À ces deux bonnes raisons viennent s'ajouter l'intérêt et l'aide des institutions publiques catalanes, notamment le Gouvernement de la Generalitat de Catalunya et des entreprises privées du secteur audiovisuel, lesquelles croient avec ferveur depuis longtemps à la Méditerranée, non pas comme un rêve romantique mais comme une pratique permanente qui correspond à une tradition historique fortement méditerranéenne du peuple catalan.
Vous êtes vous-même une productrice catalane. Qu’est-ce qui vous a poussé à vous inscrire dans ce réseau puis à en assurer la présidence ?
I. P. : Ce réseau de producteurs m’a permis ces dernières années de coproduire des fictions et documentaires très créatifs, très ouverts au dialogue entre cultures. Le téléfilm « Maria et Assou » que j’ai coproduit avec le Maroc (2M), la Catalogne (TVC), Valence (TVV) et l’Andalousie (Canal Sur), et le documentaire « En Regardant le Ciel », une coproduction entre la Catalogne (TVC) et l’Italie (Instituto Lucce), en sont les meilleurs exemples.
Présider l’Apimed, en tant que femme, citoyenne catalane, et comme une personne qui croit à l’ouverture des cultures, c’est un grand honneur pour moi.
Que propose de différent cette association autour de l’idée de Méditerranée ?
I. P. : Il faut regarder la Méditerranée comme un lien plus qu'une rupture, une voie de communication et d'échange, « un continent liquide ». Les habitants de ses rives forment une communauté qu'ont forgée la géographie et l’histoire. Nous savons bien à quel point les cultures, les coutumes, les modes de vie et la manière de voir le monde s'y interpénètrent, parfois s’y confrontent. Il est crucial que les peuples méditerranéens ne se retrouvent pas abandonnés dans un univers médiatique et culturel qui occulterait leur vécu, malgré la complexité et souvent les difficultés dues aux différences religieuses, culturelles et politiques de ces peuples.
L’Apimed a toujours proposé une élaboration et une réflexion commune, la représentation des producteurs indépendants là où cela sera nécessaire et utile, la promotion des échanges entre producteurs et la collaboration avec l'ensemble des associés, les initiatives de formation, de coproduction et d'information.
Y a-t-il des genres et des thèmes privilégiés pour les coproductions ?
I. P. : Nous soutenons particulièrement le documentaire. Dans le cadre du Marché du documentaire euro-méditerranéen, Medimed, que l’Apimed organise depuis l’an 2000, plus de 120 productions ont été réalisées après avoir été « pitchées » au forum des pitchs1 du marché pendant ses 10 années d’existence. La plupart sont des coproductions qui sont, bien sûr, basées sur le partage d’un imaginaire commun.
Les thèmes abordés sont forcément très variés, mais les sujets basés sur le conflit religieux, les conflits sociaux et politiques ou les conflits personnels sont toujours les plus attirants pour les acheteurs et distributeurs.
La stratégie de Medimed est-elle efficace ?
I. P. : La stratégie de marketing audiovisuel de Medimed a prouvé avec succès son efficacité pour la promotion de projets et de programmes documentaires. Parce que l’industrie de la télévision a besoin d'événements plus ciblés, pouvant offrir des meilleurs conditions pour établir des nouveaux contacts, faire des affaires, partager une expérience en commun avec des producteurs indépendants en leur permettant de se rencontrer dans un environnement convivial.
C’est un marché très pointu, très professionnel, qui à l’ambition d’élargir l’audience et la distribution de productions euro-méditerranéennes à l’échelle internationale. Le marché et le forum des pitchs présentent des projets et des productions de documentaires aux professionnels invités (acheteurs, commissioning editors, distributeurs, investisseurs) qui sont les plus intéressés à les découvrir et à les diffuser. Medimed économise du temps pour les acheteurs, distributeurs et éditeurs et permet de tisser un réseau essentiel entre acheteurs et producteurs, en créant la base pour d’une fructueuse collaboration pour les années à venir.
Quelles relations l’Apimed entretient-elle avec les différents acteurs de l’audiovisuel en Méditerranée ?
I. P. : Notre association est toujours présente dans les différents lieux où s’élaborent les politiques de l’audiovisuel en Méditerranée, elle tend à représenter les producteurs indépendants partout où des décisions se prennent, institutions européennes, organismes transméditerranéens...
Depuis sa fondation, l’Apimed est membre du Conseil d’administration du CMCA (Centre méditerranéen de la communication audiovisuelle), ainsi que membre du réseau de la Fondation Anna Lindh.
De quelles aides auraient besoin les producteurs pour affirmer cette démarche ?
I. P. : Actuellement, le Fonds Sud français – dispositif d’aide aux cinémas du Sud – est un modèle incontournable en ce qui concerne l’idée de coproduction entre les pays euro-méditerranéens. Il faudrait que les autres pays suivent ce modèle qui a donné de très bons résultats. Et il faudrait en plus avoir des aides européennes spécifiques pour la zone Euro-Med.
Je suis persuadée que l’Union pour la Méditerranée, qui vient d’installer son siège à Barcelone, et y tiendra son prochain sommet en juin 2010, pourrait s’impliquer dans ce sens là.
Pourquoi l’Association s’est-elle aussi investie dans des actions de formation ?
I. P. : L’Apimed, consciente des différences de niveaux de qualification des professionnels d'un côté et de l'autre de la Méditerranée, a toujours dédié une attention particulière à la formation en collaborant avec programmes de formation européens qui existent déjà (Eurodoc-Med, Mediscript, Green House, etc.).
Nous venons d’établir un accord pour la formation en collaboration avec l’Université ouverte de la Catalogne (Universitat Oberta de Catalunya, UOC), une très prestigieuse université virtuelle, qui compte 68 000 étudiants autour du monde, accord qui lui permet de s’ouvrir au monde francophone et à l’audiovisuel. Ainsi, l’association lancera prochainement un cours d’écriture et production de documentaires internationaux dans le cadre de l’UOC.
Qu’en est-il du rapport que vous avez fait sur la réalité du secteur audiovisuel euro-méditerranéen ?
I. P. : Ce rapport a été fait à la demande de l’Instituto de la Cinematografía y las Artes Audiovisuales (ICAA) il y a quelques années. Il faudrait l’actualiser après les derniers changements du secteur audiovisuel : les opportunités de création, échange et coopération dans l’audiovisuel, le cinéma et les nouveaux médias numériques. L’importance que revêt l’image dans la culture contemporaine ainsi que l’omniprésence des grands médias, l’impact indiscutable des référents et des imaginaires collectifs véhiculés par les médias et même les nouvelles filières d’emploi promues par la société de l’information sont des raisons de poids pour approfondir la dynamique de la culture de l’audiovisuel dans la Méditerranée.
Il est nécessaire de créer une grande base de données visant à identifier, décrire, récupérer et actualiser de façon continue tous les documents et toutes les données nécessaires pour dessiner une cartographie complète du secteur audiovisuel méditerranéen.
Après 13 d’existence, quel bilan peut-on faire des actions de l’Apimed ?
I. P. : Medimed nous a permis de témoigner d’un petit miracle : il nous offre un lieu de rencontre pour les producteurs indépendants du parcours méditerranéen une fois chaque année à Sitges, aussi bien qu’aux responsables des chaînes de télévision internationales. C’est une occasion unique qui a permis coproduire des projets intéressants et risqués, qui ont trouvé du financement entre les diffuseurs. Le bilan de Medimed est très positif : plus de 120 projets produits après avoir été « pitchés » au forum du marché et plus de 3 000 titres de documentaires sélectionnés pour le catalogue qui ont été acquis par les chaînes ou les distributeurs internationaux.
Quels projets vous tiennent particulièrement à cœur lors de votre présidence ?
I. P. : La première chose qui me tient à cœur, c’est de démarrer les cours de formation en collaboration avec l’Universitat Oberta de Catalunya : masters et cours spécifiques ouverts au-delà des gens avec un titre universitaire, avec la volonté de former des producteurs ou leurs collaborateurs à monter les projets audiovisuels plus professionnellement. Notre but est d’apprendre aux professionnels comment présenter des projets avec les conditions demandés par le marché international.
Deuxièmement, je désire relancer une belle idée de mon ami Ahmed Attia2 qui a toujours voulu placer l’audiovisuel euro-méditerranéen comme une priorité politique pour construire un dialogue plus nécessaire que jamais entre les deux rives de la Méditerranée.
La création de l’Union pour la méditerranée est déjà une décision très positive et je suis persuadée qu’avec la contribution de la société civile, le parcours de cette institution pourra sens doute contribuer à une nouvelle phase dans les relations de voisinage.
Propos par Sergi Doladé, directeur général de l’Apimed, Isabelle Didier, Ina
(Date de mise en ligne : 07/04/2010)
1 Présentation rapide d’une idée ou d’un projet pour les vendre.
2 Ahmed Attia, décédé en 2007, était un grand producteur tunisien, fondateur et président de l’Apimed jusqu’en 2006.









