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Les métiers de la production : vers le média global

Entretien avec Bernard Courtade, responsable de la filière management et gestion de production

Les métiers de la production se complexifient et se transforment de façon irréversible à l’heure du numérique, même si  les savoir-faire initiaux demeurent identiques. La formation est une priorité dans ce secteur en mutation dont le modèle économique n’est pas encore stabilisé.

Qu’est-ce, aujourd’hui, que le management de production ?

Bernard Courtade : Aujourd’hui, producteur, chargé de production, assistant de production ou régisseur, dans le cadre d’une production exécutive ou déléguée, doivent penser en termes de média global. Le producteur porte la responsabilité des contenus, des programmes. Mais toute entreprise de production doit s’organiser sur un mode de gestion de projets : éditorial, économique, commercial, marketing, juridique.
Fondamentalement, les savoir-faire initiaux demeurent. C’est la multiplicité des intervenants qui fait que les métiers se complexifient. Le producteur reste central mais les interlocuteurs sont de plus en plus nombreux. Ils viennent de mondes différents : pas seulement de l’audiovisuel mais aussi de l’édition, des télécommunications, de l’Internet. Les producteurs doivent situer les intérêts des uns et des autres afin de valoriser, au mieux, leurs productions.

En quoi l’économie du secteur a-t-elle changé ?

Bernard Courtade : Les modèles économiques ne sont pas stabilisés. Les médias traditionnels – télévision et cinéma - restent les principaux vecteurs de la production. À Ina Sup, nous suivons avec attention toutes les évolutions du secteur et des nouvelles pratiques qui se mettent en place. De nouveaux schémas de production tentent de s’adapter à une diffusion "multi-vectorielle". Les producteurs savent bien qu’il leur faut être attentifs aux nouveaux modes de diffusion tels Internet, les portables, etc. Mais, quel que soit le vecteur qui assurera la diffusion, demeure cette même préoccupation initiale : donner une réalité tangible à un projet, le transformer en une réalité de production.
Ces changements, qui concernent l’ensemble de la filière de production, intéresse particulièrement les directeurs de production, collaborateurs directs du producteur. La notion de « production globale » devient centrale pour eux. Il leur faut donc maîtriser les nouvelles données juridiques, financières, techniques.

Qu’induit le fait de produire en numérique ?

Bernard Courtade : A l’heure de la  production  globale, les processus de fabrication deviennent, quasiment tous, numériques. Les producteurs doivent en avoir conscience. L’ensemble de la chaîne de production, du tournage au stockage, en est transformée. Il faut tenir compte de ces quatre changements fondamentaux :nous passons du 4/3 au 16/9 ; de la  SD (Standard Definition)  à la HD (Haute définition) ; l’enregistrement sur support informatique s’effectue à partir du tournage ;  la gestion des médias devient centralisée, sur serveur.
Pour pouvoir produire à coûts réduits, le producteur doit produire de plus en plus d’images et de la façon la moins onéreuse possible. La notion de temps partagé devient capitale dans l’univers numérique. Ce qui signifie que plusieurs collaborateurs peuvent avoir accès aux images et travailler en même temps. Par exemple, un journaliste qui réalise un sujet peut collaborer avec le monteur, le réalisateur "en temps réel". C’est un modèle surtout valable dans le secteur de l’information. Mais, dans certaines conditions, il est applicable à la fiction.  L’organisation du travail en est grandement modifiée.
En ce qui concerne les métiers de la production, le directeur de production doit, de plus en plus, être en mesure d’analyser le projet du producteur pour savoir le placer auprès des diffuseurs. Avant, il concevait un projet pour un diffuseur en particulier. Aujourd’hui, il doit définir ce qu’il doit formater de différentes manières afin que cette, ou plutôt, ces productions soient diffusées via des vecteurs différents. De directeur de la production, il devient directeur des productions. Cette gestion de projets est au centre des préoccupations de la profession.

Comment les formations d’Ina Sup intègrent-elles ces changements ?

Bernard Courtade : Ces changements ne constituent pas une révolution totale ; il s’agit d’une évolution, certes  profonde, qui complexifie et enrichi ces métiers. La base du métier demeure. Aussi, nos intitulés de stages sont-ils restés identiques tout en intégrant des éléments nouveaux, essentiels à l’exercice de l’ensemble de ces métiers. Nous apportons les éclairages nécessaires afin d’expliquer le fonctionnement et les enjeux des médias numériques. Et ce, à tous les niveaux, du stage d’initiation jusqu’au stage de direction de production qui dure 35 jours.
La gestion des flux de fabrication des images et des sons a connu un vrai changement. Il faut que le directeur de production connaisse cette multitude d’outils utilisés pour la captation, le montage, le stockage et puisse évaluer les moyens à mettre en oeuvre. Il ne va pas produire avec une qualité équivalente pour la haute définition ou en flux pour le Web ou pour un mobile…. Il en va du coût de la production.

Y aurait-il un point, dans ces nouvelles formations, particulièrement fondamental ?

Bernard Courtade : Ce qui est fondamental pour tous, c’est la connaissance du workflow. Cette connaissance est indispensable. Dans nos formations, nous avons augmenté le temps consacré à la fabrication technique d’un programme : 7 jours sur 35 sont consacrés à ces questions dans le stage de direction de production.
L’Ina est en pointe. Nous veillons à accompagner les professionnels afin qu’ils sachent dialoguer avec leurs nouveaux interlocuteurs : les diffuseurs du Web, de la téléphonie, des télécoms, etc. Depuis quatre ans, nous collaborons avec la division des contenus de France Télécom. Nous avons organisé des modules de deux jours pour mettre en place les fondamentaux, relatifs à la connaissance des processus de travail en production audiovisuelle.
Les producteurs sont très conscients de l’enjeu. Ils ne prennent pas de retard. Toute générations confondues. Ils savent que les enjeux sont là. Et la formation continue est indispensable pour suivre ces évolutions.

Quels sont les principaux axes des formations en cours, pour ces métiers ?

Bernard Courtade : En  2010, les formations aux métiers traditionnels du management de production sont toutes orientées vers le média global. Elles  accompagnent cette profonde évolution dont je viens de parler. Nous formons aux techniques de fabrication, toutes traversées par le workflow numérique, qu’il est impératif de savoir maîtriser. Nous insistons aussi sur la nécessité d’acquérir des connaissances appropriées dans les domaines juridique et financier afin de prendre en compte les transformations générées par l’extension du numérique ; ce qui signifie appréhender la diversification médias, les nouvelles pratiques des contrats, les clauses de nouveaux modes d exploitation, etc. Plus les directeurs de productions renforceront leurs compétences pluridisciplinaires, mieux ils seront capables d’accompagner les producteurs dans leurs activités.

Propos recueillis par Philippe Raynaud
(date de mise en ligne : 25/03/2010)

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