
Salah Eddine Maaoui est directeur général de l’Asbu (Arab States Broadcasting Union) depuis janvier 2007, et membre fondateur de la Copeam (1989). Juriste (licence en droit public de la faculté de droit de Tunis), il a exercé de nombreuses responsabilités dans la presse écrite et les médias audiovisuels tunisiens et internationaux : directeur de journaux (« La Presse »…), membre du Conseil supérieur de la communication tunisien, vice-président de l’Union internationale des journalistes, directeur général de l’Établissement de la radio-télévision tunisienne (ERTT, 1989-1991), président de l’Union des radios et télévisions nationales d’Afrique (1989-1991), directeur général de l’Agence tunisienne de communication extérieure (1992-1995 ). De janvier 1995 à mai 2002, il a fait partie du Gouvernement tunisien en tant que ministre du Tourisme et de l’Artisanat (1995-2001) et ministre délégué auprès du Premier Ministre, chargé de la Communication, des Droits de l’homme et des Relations avec la Chambre des Députés. Il a également été ambassadeur en Arabie Saoudite (2002-2006).
L’Asbu (Arab States Broadcasting Union) est l’une des organisations panarabes les plus performantes. Créée en 1969 pour consolider la coopération entre les radios et les télévisions publiques des pays arabes, l’Union a accompagné toutes les évolutions du paysage audiovisuel en pleine expansion de cette région, tout en maintenant son rôle vis-à-vis de la mission de service public. Son directeur général, Salah Eddine Maaoui, narre son histoire jalonnée de réussites et détaille quelques-uns des grands projets euro-méditerranéens dont elle est pleinement partie prenante.
L’Union de radiodiffusion des États arabes (Arab States Broadcasting Union, ou Asbu) se plaît à prétendre qu’elle représente l’une des organisations panarabes les plus réussies et les plus performantes. Elle compte également parmi les plus anciennes unions de radiodiffuseurs de par le monde.
Créée à Khartoum en 1969 pour « resserrer les liens et consolider la coopération entre les radios et télévisions des pays arabes et pour développer leur travail, aussi bien dans la forme que dans le fond », l’Asbu regroupait les organismes publics de radio et de télévision dans tous les États arabes. Depuis, elle a mené une vie jalonnée de succès, petits et grands, et de réalisations d’importance.
L’Asbu a réussi à devenir cette ombrelle sous laquelle les chaînes arabes de radio et de télévision peuvent œuvrer ensemble harmonieusement. Elle fournit également le cadre propice à l'intérieur duquel sont examinées les multiples questions de la production arabe dans le domaine audiovisuel. Elle occupe une place centrale au sein de l'action arabe commune qui a fait d'elle l'un des organes spécialisés les plus efficaces de la Ligue des États arabes.
De la consolidation à l’accompagnement de l’explosion des chaînes
Après une période de consolidation, l’Union a réalisé une avancée majeure au milieu des années 1990. C’est en effet le 24 décembre 1995, à Tunis, que l’Assemblée générale extraordinaire décidait d’amender la charte de création de l’Asbu pour adopter l’autofinancement et donc assurer une autonomie de gestion et un confort de prise de décision. Le système remplace celui des cotisations annuelles. Dorénavant, chaque organisme membre paie les prestations qu'il a effectivement reçues.
Grâce à cette réforme, l'Asbu a réussi à élargir son champ d'intervention, à diversifier et améliorer la qualité de ses prestations, tout en maintenant le coût des prestations collectives fournies dans des limites raisonnables, en rapport avec les capacités financières de ses organismes membres. Ainsi, les membres « Actifs » et « Participants » sont facturés en début de chaque année pour un ensemble prédéfini de services de base annuels que ces membres recevront gratuitement. Les autres services sont facturés après coup et seulement aux utilisateurs réels.
Les services de base comprennent essentiellement l'organisation et la coordination des échanges d'informations, de programmes et d'émissions sportives, l’assistance technique, un bouquet de programmes transmis au monde entier et la formation continue des cadres des radios et télévisions membres. À cette fin, l’Asbu dispose de deux centres spécialisés. Le premier se trouve à Alger et assure les échanges radio et télévision bilatéraux et collectifs, alors que Damas accueille l’autre centre, spécialisé dans la formation professionnelle continue. Les membres peuvent également profiter des opportunités offertes par les programmes de coopération internationale initiés ou soutenus par l’Asbu.
À la fin des années 1990, tout ce petit monde des radios et télévisions hertziennes « classiques » va être sérieusement bousculé. Des dizaines, puis des centaines de chaînes privées ont vu soudainement le jour. On en dénombre aujourd’hui plus de sept cents. C’est l’ère de la télévision satellitaire qui s’ouvre pour toute la région arabe, comme ailleurs. Consciente du nouveau défi, mais également des opportunités, qui se présentaient, l'Asbu suivait de près les évolutions enregistrées dans le domaine de l'information audiovisuelle arabe. Elle a ainsi ouvert ses portes aux stations de télévision et de radiodiffusion privées qui souhaitent adhérer en tant que membres de l'Union. Dorénavant, elles seront représentées dans ses instances dirigeantes, tels que le Conseil exécutif et le Comité administratif, financier et juridique. Une stratégie pour susciter l’adhésion des chaînes privées a été mise en place, sans toutefois perdre de vue l’objectif majeur de l’Asbu, qui est de consolider la mission de service public dans l’audiovisuel arabe.
Un rôle essentiel dans les échanges audiovisuels interarabes
L'Asbu est l'institution responsable de la gestion des échanges radiophoniques et télévisuels entre les organismes de radiodiffusion et de télévision dans les États membres. Elle joue un rôle d'avant-garde dans la promotion de l'information audiovisuelle dans le monde arabe, veillant à ce que cette information puisse se développer au rythme des évolutions que ce secteur connaît à l'échelle internationale.
Cette prestation a connu, au fil des années, un développement important et rapide, si bien que les télévisions arabes échangent aujourd'hui entre elles trois bouquets quotidiens d'information et deux bouquets hebdomadaires d'émissions sportives, en plus de deux autres bouquets, l'un économique et l' autre culturel. Les échanges sont coordonnés depuis le 11 mars 1987 par le Centre arabe d'échange des informations et des programmes créé au sein de l' Asbu et dont le siège se trouve à Alger.
Pour élargir l'aire des échanges, l'Asbu a ouvert ses canaux aux bouquets d'information diffusés par les Unions internationales de radiodiffusion, comme l’Union européenne de radio-télévision (UER) et l’Union de radiodiffusion d'Asie-Pacifique. L'Asbu peut ainsi fournir à ses organismes membres une quantité importante de programmes d'information provenant non seulement des pays arabes, mais aussi de l'ensemble des autres régions du monde. En contrepartie, cette coopération avec les autres Unions régionales et avec les agences mondiales de presse a permis la diffusion des informations arabes sur une large échelle et dans les différentes régions du monde.
Afin de bien remplir sa mission dans le domaine des échanges, l'Asbu utilise un champ satellitaire permettant la diffusion en continu sur Arabsat de six canaux de télévision numérique, dont quatre sur C-Band et deux sur Ku-Band. L’Asbu utilise également des services sélectifs sur Noorsat.
Parmi les réussites majeures dont l’Asbu se félicite, on peut citer le « Bouquet arabe unifié ». Ce bouquet satellitaire a été développé en coordination avec l’Arabsat pour faire face à la grande diversité des plateformes utilisées et des systèmes techniques de transmission et de codage. Malgré les avantages d’une telle diversité, elle peut se traduire par un coût supplémentaire, notamment pour la communauté arabe vivant dans d’autres régions du monde et voulant recevoir sur leur écran le maximum de chaînes arabes à un coût minimum. Cela n’était possible qu’avec l’établissement de sites communs regroupant la majorité des chaînes satellitaires arabes et utilisant un système de transmission unifié. En plus de la conception du « package », l’apport de l’Asbu était de mettre le bouquet sur les satellites les plus suivis par les communautés arabes partout dans le monde. Actuellement, le bouquet comprend treize programmes télévisuels et vingt-six programmes radiophoniques, offrant à ces communautés d’énormes avantages, aussi bien techniques que financiers.
En outre, l'une des fonctions importantes assumées par l' Asbu est de négocier, au nom de ses membres, les organismes arabes de radiodiffusion et de télévision, les droits de transmission des manifestations sportives internationales majeures. De tels événements comprennent surtout les Jeux olympiques d’été et d’hiver et les différentes compétitions du football asiatique. C'est ainsi que les télévisions arabes sont aujourd'hui en mesure de diffuser ces grands événements à des coûts qu'il leur aurait été difficile d'obtenir, si elles les avaient négociés individuellement. Une fois réglée la question des droits à la diffusion collective, l'Asbu aide ses organismes membres à organiser la couverture de ces manifestations sportives en leur fournissant, au besoin, les équipements techniques et les moyens de diffusion par satellite, ainsi que divers autres services tout aussi indispensables.
L’Asbu accorde également une attention particulière à la formation continue et à la reconversion des professionnels arabes de la radio et de la télévision dans le cadre de ses efforts pour aider les organismes membres à développer leur production. Ainsi, elle organise des sessions de formation à l'intention de ces professionnels en vue de leur permettre de suivre les évolutions dans leur domaine au niveau mondial. Les sessions sont organisées par le Centre arabe de formation en matière de radiodiffusion et de télévision, dont le siège se trouve à Damas. Depuis l'année 2000, le Centre organise plus de vingt sessions par an, qui couvrent les différentes spécialités dans les domaines de la programmation et de la technologie radiophonique et audiovisuelle. Pour répondre aux besoins de certains organismes membres, le Centre a entrepris d'organiser des sessions hors de ses locaux dans la capitale syrienne.
Une place exceptionnelle à l’international
Sur le plan international, l’Asbu jouit d’une place exceptionnelle parmi les Unions régionales et internationales avec lesquelles elle entretient de solides relations professionnelles.
Membre du groupement des Unions de Radiodiffusion, la World Broadcasting Union (WBU), l’Asbu demeure soucieuse de prendre une part active aux projets entrepris par cette Union. Elle assure depuis 2002 la présidence de la Commission technique de la WBU, comme elle contribue aux réflexions et aux discussions sur les questions d’intérêt commun pour les Unions, afin d’améliorer les services offerts à ses membres et utilisateurs respectifs.
Au niveau bilatéral, l’Asbu a œuvré à consolider ses relations professionnelles avec des organismes partageant certains objectifs en établissant avec ces organismes des contrats de coopération qui inscrivent cette collaboration dans une série d’initiatives touchant des activités d’intérêt commun, conclus notamment avec DW (Deutsche Welle), CFI (Canal France international), le Cirtef (Conseil international des radios-télévisions d’expression française), le CMCA (Centre méditerranéen de la communication audiovisuelle), dans la région européenne, et l’AIBD (Asia-Pacific Institute for Broadcasting Development), dans la région asiatique. Cette coopération évolue et se consolide dans les domaines de la formation, de la coproduction et des échanges de programmes, permettant le partage d’ expertise et favorisant le dialogue des cultures.
Quant aux liens entre l’Asbu et l’UER, les deux Unions ont nourri une relation très privilégiée et très ancienne, couvrant notamment les échanges d’informations, d’événements sportifs et de formation. Les deux Unions ont contribué également à la construction d’espaces audiovisuels régionaux, telle la Conférence permanente de l’ audiovisuel méditerranéen (Copeam), un réseau propice au rayonnement culturel et scientifique méditerranéen, au sein duquel les membres coopèrent dans divers domaines tels les échanges, les coproductions et la formation.
Ayant vu le volume de leur coopération croître et se diversifier, l’Asbu, l’UER et la Copeam ont décidé de tenir une réunion annuelle, en marge de l’Assemblée générale de l’Asbu, assurant ainsi un cadre propice à des discussions et concertations directes à propos des projets communs en cours de réalisation. Cette collaboration touche essentiellement l’échange de news, la formation, et la coproduction.
La participation à des projets euro-méditerranéens emblématiques
Fruits de sa coopération avec des organismes internationaux, l’Asbu participe à plusieurs projets euro-méditerranéens d’envergure.
- EuroMed-News, une initiative mûrement réfléchie entre l’Asbu, l’UER et la Copeam a démarré en 2009. Ce projet, initié en partenariat avec la Commission européenne, permet la couverture et la diffusion de l’actualité euro-méditerranéenne par les radiodiffuseurs du Sud, stimulant ainsi le dialogue et la connaissance mutuelle des populations des deux rives de la méditerranée.
La philosophie d’Euromed-News est « d’informer les populations des pays du sud de la Méditerranée des actions soutenues par l'Union européenne au bénéfice de la zone de voisinage, dans le cadre du dialogue interculturel existant entre les deux rives.». Constitué d'organismes internationaux (Asbu - Copeam - UER) et de radiodiffuseurs publics ( EPTV / ENTV en Algérie, France Télévisions, JRTV en Jordanie, LJB en Lybie, associant Ortas en Syrie, la SNRT au Maroc, Téléliban au Liban), le Consortium d'EuroMed-News a pour mission d’informer le grand public du partenariat euro-méditerranéen, de faciliter la couverture et la diffusion de l'actualité euro-méditerranéenne par les radiodiffuseurs du Sud dans le respect de leur liberté éditoriale, de stimuler le dialogue et la connaissance mutuelle des populations des deux rives de la Méditerranée et de divulguer les objectifs, moyens et résultats de la Politique européenne de voisinage, ainsi que la formation des journalistes. France Télévisions est le chef de file du projet et la Copeam en assure la coordination générale.
- Autre projet piloté par l’Asbu et la Copeam qui ne manque pas d’ambition : la série documentaire « Inter-Rives », la première coproduction euro-arabe à grande échelle, qui a déjà abouti à la production de trente-deux épisodes PAD (prêt à diffuser) de 13 minutes sur les thèmes de « l’art contemporain », de « la femme » et de « l’émigration ».
Cette série a été présentée à différentes occasions internationales et diffusée sur plusieurs chaînes de radiodiffuseurs partenaires. Le succès enregistré par la série a encouragé les deux organismes partenaires à aller encore plus loin, en lançant un second projet avec des objectifs encore plus ambitieux, aussi bien au niveau de la qualité de la production qu’au niveau de la diffusion et de la promotion. « Inter-Rives II », lancée au début de 2010, engage dix pays des deux rives de la Méditerranée, du Machreq et du Golfe. L’important atelier de production travaillera sur le thème « Regards d’enfants » et présentera, à travers l’œil des enfants de diverses origines culturelles, une multitude de visions de certains éléments du monde qui les entoure. La série est produite selon la formule du « panier », permettant aux partenaires d’utiliser leurs propres moyens financiers et humains pour réaliser des documentaires ; en contrepartie, ils bénéficieront du droit de diffusion gratuite des documentaires des autres participants.
- Le dernier né de cette coopération audiovisuelle qui va au-delà des frontières de la région arabe s’appelle « Maarifa » (Savoir). L’Asbu s’associe à France Télévisions et CFI dans ce projet novateur de soutien au développement de projets éducatifs interactifs. Il est ouvert aux télévisions publiques et privées du bassin méditerranéen et du monde arabe membres de l’Asbu. Il vise à former, sur 24 mois (janvier 2010-décembre 2011), une sélection de cadres des télévisions du monde arabe aux nouvelles logiques de production débouchant sur des offres de programmes éducatifs modernes et efficaces, interactifs, déclinés sur plusieurs plateformes (télévision, Internet).
Des succès reconnus au niveau mondial
Au fil des projets, des réalisations et des réussites professionnelles, l’Asbu s’est rendu compte que, pour aller toujours plus loin sur le chemin du succès, il était nécessaire de produire ses propres moyens techniques, complètement adaptés à ses besoins et aux exigences de son travail. Il fallait également mobiliser des moyens financiers et techniques énormes. Au début de 2009, l’Union a officiellement lancé son propre système d’échange des produits audiovisuels entre ses membres et autres clients, le Menos-Asbu, ou « Multimedia Exchange Network Over Satellite », basé sur le protocole Internet. Ce fut une première mondiale, étant donné ses capacités techniques et son coût extrêmement compétitif. Ce système permet entre autre de :
- connecter n’importe quelle chaîne de télévision dans la région arabe avec ses correspondants, permettant ainsi une couverture rapide, mobile et directe, ou différée, de l’actualité nationale et internationale ;
- échanger par satellite les informations et programmes radiophoniques et télévisuels à très bon marché ;
- assurer une qualité audio impeccable grâce à l’utilisation de la (VoIP) ;
- établir des réseaux virtuels privés (VPN) totalement sécurisés, couvrant le territoire d’une nation, toute la région arabe et au delà,
- fournir d’importantes capacités d’archivage radio et télévision ;
- fournir des capacités Internet et Intranet ;
- faciliter la formation à distance ;
- tenir des conférences audio et vidéo.
Le succès éclatant ne s’était pas fait attendre. Le 13 septembre 2009, le plus grand rendez-vous mondial de l’industrie de l’audiovisuel, la Convention internationale pour la radio et la télédiffusion (IBC) d’Amsterdam a accordé au nouveau système de l’Asbu non pas une distinction, mais deux : le prestigieux Prix IBC 2009 de l’innovation et le Prix du jury pour le projet ayant eu le plus d’impact de l’année.
Plus récemment encore, l’Asbu vient de réussir aux niveaux arabe et régional ce qu’elle a déjà réalisé à l’international. En effet, elle a remporté le 4 mars 2010 le « Prix du projet le plus innovateur de l’année », décerné par la revue spécialisé « Digital Studio » dans le cadre du Cabsat (Salon international du câble, du satellite, de l'audiovisuel et des télécommunications) de Dubaï. Récompensée de si belle manière, l’Asbu ne peut que nourrir le sentiment – combien agréable – d’être en compétition avec le monde entier, et de réussir.
Salah Eddine Maaoui, directeur général de l’Asbu (Arab States Broadcasting Union)
(Date de mise en ligne : 07/04/2010)









