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L’audiovisuel, vecteur essentiel de rapprochement entre les peuples

Entretien avec Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication

La culture et l’audiovisuel semblent parfois un peu oubliés des politiques euro-méditerranéennes. Frédéric Mitterrand rappelle son attachement aux échanges entre les peuples du bassin méditerranéen, en particulier dans ces domaines. Il inscritpleinement l’action de son ministère dans les politiques déjà existantes, en lien avec des réseaux comme la Copeam ou un organisation comme l’Union pour la Méditerranée, dont il espère de nouvelles perspectives de coopération.

L'espace euro-méditerranéen semble vous tenir à cœur. Comment voyez-vous les perspectives de coopération au sein de cet ensemble si divers ?
Frédéric Mitterrand : Je suis profondément attaché au développement des échanges culturels entre les deux rives de la Méditerranée et, plus largement, entre l’Europe et le monde méditerranéen. C’est pour moi une priorité. Les relations culturelles entre la France et les pays d’Afrique du Nord et du Proche et Moyen-Orient sont déjà très denses. Elles passent par des échanges d’artistes et de professionnels du monde de la culture, le soutien à la création contemporaine ou aux coproductions cinématographiques, ou encore le développement d’une coopération étroite dans le domaine des musées ou de l’archéologie. Quand je parle d’échanges, il faut naturellement que ce soit dans les deux sens : nous devons veiller à accueillir de manière plus importante encore les cultures méditerranéennes. C’est d’ailleurs l’un des enjeux du futur MuCEM, le Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée qui va être construit à Marseille.

L’Institut national de l’audiovisuel (Ina) joue un rôle tout à fait exemplaire. Cette institution est aujourd’hui une référence en Europe, dans le monde et, plus particulièrement, dans cette région du monde, notamment dans le domaine de la numérisation du patrimoine télévisuel et radiophonique. L’Ina est aujourd’hui omniprésente dans la région, concourant de manière remarquable à la formation des professionnels de l’audiovisuel du Maghreb et du Proche et Moyen-Orient, mais aussi à l’émergence d’archives audiovisuelles numérisées. Je veux souligner ici le travail considérable réalisé par le président de l’Ina, Emmanuel Hoog, qui a su faire de la Méditerranée, depuis plusieurs années déjà, une priorité tangible.

L’Union pour la Méditerranée (UPM) offre de nouvelles perspectives de coopération : aux côtés de relations bilatérales très denses, nous allons pouvoir développer des projets concrets rassemblant plusieurs acteurs européens et des pays de la rive sud de la Méditerranée. C’est une approche inédite, que l’Ina a d’ores et déjà pleinement prise en compte à travers la coopération au sein de la Copeam, la Conférence permanente de l’audiovisuel méditerranéen, et à laquelle l’ensemble du ministère de la Culture et de la Communication travaille désormais.
 
Quelle place la culture en général et l'audiovisuel en particulier doivent-ils occuper dans la construction de l'Union pour la Méditerranée ?
F. M. : La culture doit prendre toute sa place dans les politiques de l’Union pour la Méditerranée. Elle est un facteur déterminant de rapprochement des peuples. Aux côtés du développement économique, elle permet de contribuer à lutter contre l’intolérance. Je veux souligner à ce propos que les actions se multiplient entre partenaires de l’UPM. En France, le président de la République a créé un Conseil culturel de l’Union pour la Méditerranée, présidé par Monsieur Renaud Muselier et rassemblant des personnalités culturelles éminentes d’Europe et du bassin méditerranéen, afin de faire émerger des projets multilatéraux concrets dans tous les domaines de la culture et de l’audiovisuel. Mon ministère participe activement à cette démarche.

L’audiovisuel constitue un vecteur essentiel de cette volonté de rapprochement. Les différents acteurs de ce secteur, parfaitement conscients de cette nécessité absolue de travailler ensemble pour favoriser la diversité culturelle et le rapprochement entre civilisations, œuvrent de concert. Les projets conçus dans le cadre de la Copeam illustrent parfaitement cette prise de conscience.

Comment peut-on mettre en place, concrètement, des projets de coproductions audiovisuelles entre les pays de l'espace euro-méditerranéen (entre pays du Nord et du Sud, entre pays du Sud) ?
F. M. : Il existe déjà des projets de coproductions entre États de l’espace euro-méditerranéen, tout particulièrement dans le domaine du cinéma. Ils sont même nombreux et d’une qualité remarquable dans ce secteur. "Caramel", de Nadine Labaki, coproduction franco-libanaise, ou "Valse avec Bashir", film franco-isralien d’Ari Folman, pour ne citer que ces exemples, sont nés de cette volonté de travailler ensemble.

La France s’efforce de soutenir la création dans cette région du monde grâce à la signature de nombreux accords de coproduction cinématographique et au rôle joué par le Fonds Sud, développé par le Centre national de la cinématographie et le ministère des Affaires étrangères et européennes. Ce sont plus de 500 longs métrages qui ont d’ores et déjà pu être réalisés grâce à ce programme, présidé par la productrice tunisienne Dora Bouchoucha. Même s’il ne faut pas sous-estimer les difficultés de nature politique notamment, ces initiatives constituent autant de passerelles entre les acteurs et les pays euro-méditerranéens.

Mais il est certain que nous devons faire émerger des approches plus multilatérales et renforcer les relations Sud-Sud. C’est l’un des enjeux de l’Union pour la Méditerranée.

Quel rôle la Copeam, qui tient sa conférence annuelle à Paris en avril, peut-elle jouer dans ce contexte ?
F. M. : La Copeam est un acteur majeur de l’espace culturel méditerranéen et un partenaire privilégié des projets audiovisuels développés dans le cadre de l’Union pour la Méditerranée. Elle se présente comme le réseau des réseaux et regroupe la majorité des acteurs de l’audiovisuel méditerranéen, soit 130 adhérents, producteurs, télévisions ou radios. De plus, la Copeam forme le lien entre les réseaux audiovisuels européen (l’UER, l’Union européenne de radio-télévision) et arabe (l’Asbu, Arab States Broadcasting Union). À ce titre, la Copeam complète ces dispositifs en jouant le rôle de pont entre les cultures.

Cette année, la Conférence de la Copeam aura un caractère exceptionnel puisqu’elle permettra de développer trois projets-phares adoptés en avril 2009 lors de sa conférence du Caire :

  • le projet de chaîne de télévision méditerranéenne, multiculturelle et multilingue, diffusée par satellite ;
  • le projet Med-Mem, portail Internet sur le patrimoine audiovisuel méditerranéen ;
  • le projet d’Université audiovisuelle de la Méditerranée, premier réseau d’universités et d’écoles des secteurs de l’audiovisuel et du cinéma du bassin méditerranéen.

Le soutien à la Conférence est donc pour moi une priorité et je serai très heureux d’y participer activement.

Propos recueillis par l’Ina
(Date mise en ligne : 07/04/2010 )

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