
Richard Weber est directeur général adjoint de l'Office de coopération de la Commission européenne, EuropeAid, depuis 2007. L'Office administre les crédits des programmes et projets de coopération et de développement dans 150 pays avec un portefeuille en cours de plus de 22 milliards d'euros. Spécialiste du management, de la gestion financière et de projets, économiste et diplômé d'une école de commerce française, Richard Weber a commencé sa carrière dans la finance internationale avant d'intégrer en 1980 les services de la Commission européenne. Il a notamment exercé les fonctions de directeur du programme Meda II et des opérations pour les pays de la Méditerranée de 2000 à 2006.
Le secteur cinématographique et audiovisuel est devenu l’un des domaines prioritaires du volet social et culturel du partenariat euro-méditerranéen en 1997. Cette coopération s’est incarnée notamment dans le programme emblématique Euromed Audiovisuel, dont la troisième édition démarre en ce début 2010. L’objectif de développer la structuration du secteur audiovisuel et de renforcer le dialogue interculturel en aidant à tisser des liens entre professionnels des deux rives de la Méditerranée semble en bonne voie. Richard Weber, directeur général adjoint d’EuropeAid, l’Office de coopération de la Commission européenne, propose un bilan de ces différents programmes.
Pouvez- nous expliquer la genèse d’Euromed Audiovisuel ?
Richard Weber : La culture joue un rôle essentiel non seulement en matière d'identité et d'éducation mais aussi pour la paix et la stabilité des sociétés. Les industries culturelles constituent de formidables outils de coopération, ainsi que des leviers efficaces d'intégration économique et sociale. La culture et l'audiovisuel jouent un rôle capital dans le développement humain et, depuis 1995, les volets social et culturel occupent une place centrale au sein de la coopération régionale entre l'Union européenne et les pays de la Méditerranée.
De nombreuses activités financées dans le cadre de nos programmes de coopération avec la région méditerranéenne contribuent à améliorer le dialogue des cultures et civilisations et aident au développement des ressources humaines dans le domaine culturel : Euromed Héritage, programme régional pour le patrimoine culturel euro-méditerranéen ; Euromed Jeunesse, programme d’action en faveur des jeunes ; la Fondation euro-méditerranéenne Anna Lindh pour le dialogue entre les cultures et, bien sûr, Euromed Audiovisuel, programme régional pour la coopération dans le secteur de l'industrie du film et de l’audiovisuel.
L'idée d'une coopération en matière cinématographique et audiovisuelle a été lancée de manière officielle à Malte dès avril 1997, lors de la deuxième conférence euro-méditerranéenne des ministres des Affaires étrangères. Et c’est à Thessalonique, en novembre de la même année que le programme Euromed Audiovisuel I a débuté, lors d’une conférence réunissant les experts gouvernementaux audiovisuels des partenaires euro-méditerranéens. Ce programme a permis de contribuer aux objectifs suivants : promouvoir la coopération entre opérateurs du cinéma et de l’audiovisuel européens et méditerranéens ; stimuler le transfert technologique et le transfert d’expertise grâce à des formations professionnelles ; accroître la circulation Nord / Sud et Sud / Sud des œuvres cinématographiques originaires des partenaires méditerranéens et de l’Union européenne ; valoriser le patrimoine audiovisuel et cinématographique relatif à l’espace euro-méditerranéen et faciliter les investissements et la création de richesse et d’emplois dans le secteur audiovisuel.
Le programme actuel Euromed Audiovisuel III1, vise également à contribuer à la compréhension mutuelle entre les peuples de l’Union européenne et du Sud de la Méditerranée, en utilisant les valeurs qu’ils ont en commun et la richesse de la diversité culturelle de la région, à travers la structuration de l’industrie du film au sein de nos pays partenaires. La diversité culturelle figure d’ailleurs en toutes lettres parmi les objectifs de l'Union, à l'article 3 du Traité sur l'Union européenne : « L'Union européenne respecte la richesse de sa diversité culturelle et linguistique, et veille à la sauvegarde et au développement du patrimoine culturel européen ». Le programme Euromed audiovisuel III poursuit le même objectif entre les deux rives de la Méditerranée (Voir « Les priorités d’Euromed Audiovisuel III »).
Après la réussite d’Euromed Audiovisuel I, pensez-vous qu’Euromed audiovisuel II a permis de resserrer les liens entre professionnels du Nord et du Sud de la Méditerranée ?
R. W. : Lors du lancement du programme Euromed Audiovisuel II à Berlin en 2007, nous escomptions que le programme réussisse à former environ cinq cents professionnels. À ce jour plus de mille professionnels ont participé au programme. C'est donc un résultat qui va au-delà de nos ambitions initiales. Par ailleurs, vingt-cinq films ont pu être réalisés par des participants aux sessions EAV II, ou sont en passe de l’être (voir « Les films soutenus par Euromed Audiovisuel II»2).
Mais, au-delà des chiffres, ce programme a contribué à définir un espace audiovisuel euro-méditerranéen, grâce notamment à douze projets qui font partie intégrante du programme mais, surtout, grâce à l'investissement personnel des professionnels du Sud qui ont pris part aux différents ateliers, séminaires, conférences et autres activités. Le programme a permis la rencontre entre les cultures professionnelles différentes d'acteurs du secteur de l'audiovisuel (représentants de ministères, distributeurs, producteurs, formateurs, directeurs de salles, télévisions du Nord et du Sud de la Méditerranée…) qui opèrent dans différentes sphères.
Euromed Audiovisuel a favorisé la consolidation de ces liens interprofessionnels au sein d'un réseau qui existait déjà en partie, tout en conservant une large ouverture vers les nouveaux acteurs et les nouveaux projets. Concrètement, un projet tel que Greenhouse, par exemple, a permis de rassembler des réalisateurs de Palestine, du Liban, de Jordanie, d’Israël et de Turquie. Tout en assurant aux participants une formation ainsi qu’un soutien lors de la réalisation de leurs documentaires, un projet de ce genre leur a également offert une plate-forme en vue de l’échange d’expériences et de points de vue de professionnels qui ne se rencontrent que difficilement. De même, à travers le projet Meda Films Development (MFD), dix équipes de producteurs/scénaristes de Tunisie, d'Algérie, du Maroc, d'Égypte et d'Israël ont pu présenter leurs projets à des panels de bailleurs de fonds potentiels, de responsables de chaînes télévisées et de représentants du secteur lors du Festival de Marrakech. Ces projets ont permis aux différents acteurs de travailler ensemble d’où qu’ils viennent et de lutter ensemble contre certains préjugés. C'est à mon sens l'une des grandes réussites de notre programme, qui se situe ainsi dans la ligne directe du renforcement du dialogue interculturel et dans le cadre des objectifs du processus de Barcelone.
Le soutien au secteur de l'audiovisuel se fait il uniquement dans le cadre du programme Euromed Audiovisuel ?
R. W. : Le secteur du cinéma et de l'audiovisuel en général est également soutenu par d'autres actions parallèles au programme Euromed Audiovisuel. Nous travaillons ainsi à renforcer l'interaction entre le cinéma et les secteurs du tourisme à travers le programme Invest In Med 3, dans le cadre duquel est financé, par exemple, le projet MovieMed, dont le but est de promouvoir la production cinématographique méditerranéenne grâce à une meilleure information sur les ressources naturelles, humaines et techniques de la région, générant ainsi une efficacité et une qualité accrues pour faciliter les tournages et la création de perspectives de coproduction4.
Des actions visant à renforcer la circulation des œuvres méditerranéennes en Europe et vice versa (une initiative déjà poursuivie par un des projets Euromed Audiovisuel II lors de ces trois dernières années) ont aussi été financées en 2009 et 2010 dans le cadre de Média International.
Le patrimoine audiovisuel méditerranéen constitue une ressource d’une valeur exceptionnelle, apte à faciliter et promouvoir l’entente et le dialogue interculturel à travers la région. Cette ressource est insuffisamment accessible et, afin d'éviter sa détérioration, une action en faveur du patrimoine a été engagée dans le cadre du projet Med-Mem financé par le programme Euromed Héritage : ce projet, piloté par l’Ina, permettra de proposer une sélection de plus de 4 000 vidéos des pays du pourtour du bassin méditerranéen replacées dans leur contexte historique et culturel.
Le secteur des médias est également très important. Nous offrons aux jeunes journalistes, dans le cadre de notre programme Information et Communication, des formations pour mieux comprendre l’Union européenne et leur permettre de rendre compte des activités intéressant leur propre pays. Nous offrons également aux médias la possibilité de mettre en place des canaux de communication et des réseaux régionaux.
Autre projet important que nous finançons, Euromed-News : il associe, autour d'un acteur essentiel de l'audiovisuel public européen – France Télévisions – des médias publics nationaux du sud de la Méditerranée. Cette collaboration se traduit par des échanges d'actualités, la production de reportages, magazines et documentaires qui permettent aux spectateurs de toute la région de voir des émissions diffusées dans d'autres pays, et ainsi de rendre plus concrète la réalité du Partenariat euro-méditerranéen et de la Politique européenne de voisinage. La présence d'équipes basées dans chaque pays permet la coproduction entre télévisions des pays du sud de la Méditerranée, coproductions qui restent encore trop rares.
Quels sont les objectifs et priorités du nouveau programme Euromed Audiovisuel III ?
R. W. : La Commission européenne a approuvé une enveloppe de 11 millions d'euros pour le nouveau programme Euromed Audiovisuel qui démarre en ce début d’année 2010. Ce nouveau programme se fonde sur les résultats de ses prédécesseurs, Euromed Audiovisuel I et II, mais surtout sur la « Stratégie pour le développement de la coopération audiovisuelle euro-méditerranéenne », qui a été approuvée par les ministres de la Culture lors de la réunion euro-méditerranéenne de 2008. Il part du constat qu’il est important de tirer parti du potentiel du marché de l’audiovisuel en plein développement dans la région et d'apporter une assistance efficace aux productions cinématographiques méditerranéennes pour leur garantir une meilleure place sur la scène internationale.
L’objectif principal de ce nouveau programme est de contribuer au renforcement du dialogue, de soutenir la diversité culturelle par le développement et le renforcement de la capacité cinématographique et audiovisuelle des pays méditerranéens, et de favoriser ainsi le processus d’intégration régionale et la participation active de la société civile.
Euromed Audiovisuel doit permettre de promouvoir la complémentarité et l’intégration des industries cinématographiques et audiovisuelles de la région, d'harmoniser les politiques publiques du secteur, de promouvoir la libre circulation des biens et services cinématographiques et d'harmoniser les aspects législatifs de ces industries. Le budget alloué à ce programme est de 11 millions d’euros au total pour une durée de trois ans, incluant l'attribution de subventions en cofinancement (sur base d'un appel à propositions qui a été lancé en février 2010), mais aussi la mise en œuvre d'un mécanisme de renforcement des capacités des autorités nationales et locales pour permettre l'émergence et le développement de véritables politiques publiques de l'audiovisuel et du cinéma dans les pays de la région.
Propos recueillis par Jean Louis Ville, chef de l'Unité EuropeAid A3, Chrystelle Lucas, chargée de programme EuropeAid A3, Isabelle Didier, Ina
(Date de mise en ligne : 07/04/2010)
Les priorités d’Euromed Audiovisuel III
Les priorités de l’appel à proposition Euromed audiovisuel III8
Domaine 1: Formation des professionnels
Domaine 2: Renforcement des capacités de distribution et soutien à l'émergence de nouveaux modèles de distribution et de supports de diffusion
Domaine 3: Développement d'une audience euro-méditerranéenne
Les films soutenus par Euromed Audivisuel II
En trois ans, au moins 25 films ont pu être réalisés par des participants aux sessions Euromed Audiiovisuel II, ou sont en passe de l’être.
« Le Sel de la Mer », de Anne-Marie Jacir (Autorité Palestinienne), participante Mediterranean Films Crossing Borders, sélectionné à Cannes en 2008.
« Maria’s Grotto », de Buthina Canaan Khoury (Autorité palestinienne), développé dans le cadre de EurodocMed, a remporté un beau succès en festivals : Muhr d’argent au Festival de Dubaï 2007, Semaine du documentaire arabe organisée à l’IMA dans le cadre de la Caravane en septembre 2008, etc.
« À 5 minutes de chez moi », de Nahed Awwad (Autorité palestinienne), produit par Bertrand Glosset (Turquie), développé dans le cadre de EurodocMed(où la réalisatrice et le producteur se sont rencontrés), présenté au Festival Vision du Réel à Nyon en 2007.
« La Chine est encore loin », de Malek Bensmaïl (Algérie), produit par Hachemi Zertal (Cirta Films, Algérie), documentaire développé dans le cadre de EurodocMed, présenté aux Journées cinématographiques de Carthage et au Festival des Trois continents de Nantes en 2008.
« The One man Village », de Simon El-Habre (Liban), produit par Jad Abi Khalil (Beyrouth, Liban), développé dans le cadre de EurodocMed, coproduit par Irit Neidhardt - Mec Film (Allemagne), avec le soutien du Dubai Film Connections Award 2007, présenté en ouverture du festival Ayam Beirut Al Cinema’yia ai Liban en octobre 2008, lauréat du Prix Spécial du Jury Documentaire au Festival International de Dubai 2008.
« Le Cœur de Jenine », de Leon Geller (Israël, Berlinale Talent Campus) & Markus Vetter, produit par Eikon Süd-West (Allemagne), co-produit par Arte, festivals de Jérusalem et Locarno 2008.
« Promenade », de Sabine El Chamaâ, participante libanaise du Talent Campus de la Berlinale, où le film a été projeté en première mondiale en février 2009.
« A bridge at the Edge of the World, » de Bahriye Kabadayi produit par Selda Salman, participants turcs de Meda Films Development (MFD, Marrakech), documentaire finalisé en 2007, qui a déjà participé à une douzaine de festivals (remportant en particulier le Prix du Public à Ankara en 2008).
« On the Way to School », de Orhan Eskikoy & Ozgur Dogan (Turquie), participants à Greenhouse, sélectionné à l’International Documentary Film Festival d’Amsterdam (IDFA) en novembre 2008.
« Lipsticka », de Yehonatan Segal (Israël) participante MFBS (Mediterranean Film Business School, 2007), produit par Yehonatan Segal et Dror Moreh.
« Falling from Earth », de Chadi Zeneddine (Liban), participant Mediterranean Films Crossing Borders (MFCB) et bénéficiaire de Med-Screen pour un « making of », sélectionné à de nombreux festivals dont Dubaï 2007.
«Not Quite the Taliban”, de Fadi Hindash (Jordanie), participant Greenhouse.
12 courts-métrages (8 documentaires, 3 fictions, 1 film d’animation) ont aussi été réalisés dans le cadre des ateliers de créativité organisés en 2006, 2007 et 2008 par la Caravane du Cinéma euro-arabe, un projet EAV II porté par le collectif de cinéastes Semat du Caire.
Films en production, tournage et post-production
« Haze », de Ilknur Akanlar (Turquie), participante MFBS.
« Borderline », de Noa Berman-Herzberg, produit par Chaim Sharir et Ayelet Bargur (Israël), développé dans le cadre de Meda Films Development (MFD, Marrakech), est entré en tournage en janvier 2009.
« The white Hallway », de Rima Essa, produit par Claudia Levin (Israël), participantes Greenhouse 2006, avec le soutien d'une chaîne télévisée hollandaise et de la chaîne israélienne – Channel 8.
« Avant de partir », de Reine Mitri (Liban), documentaire développé dans le cadre de EurodocMed coproduit par Djinn House (Liban), ZDF-Arte (la « Lucarne »), RTBF (Belgique), avec le soutien du CNC (France) – fonds à l’innovation.
« Les Quatre Saisons de Toto et Simon », de Mohamed Zran, Sangho Films, (Tunisie), documentaire développé dans le cadre de EurodocMed, préachat de YLE (Finlande) et de la Télévision tunisienne, avec le soutien du ministère de la Culture tunisien, Fonds francophone de production audiovisuelle du Sud (France).
« Le Testament », de Nadim Tabet, produit par Pierre Sarraf (Liban - Né á Beyrouth), participants MFD 2006 – tournage prévu en 2009.
Rappelons enfin que « La Visite de la Fanfare » de Eran Kolirin (Cannes 2007, Un certain regard) et « Une Chanson dans la Tête » de Hany Tamba (prix du public, Festival du Cinéma européen de Bruxelles 2008), deux films qui ont été soutenus pour leur sortie en salles par Euromed Cinemas sont des films dont le développement avait été soutenu par Euromed Audiovisuel I.
1. Financé par l'instrument IEVP (Instrument européen de voisinage et de partenariat), programme de l’Union européenne visant à promouvoir la coopération transfrontalière dans le bassin méditerranéen.
2. Voir la page http://www.euromedaudiovisuel.net/newsdetail.aspx?lang=fr&treeID=74&documentID=10332
3. Le programme Invest in Med vise à développer les investissements et les partenariats d'entreprises entre les deux rives de la Méditerranée.
4. Le projet MovieMed, piloté par la CCI Marseille Provence, soutenu par le programme européen Invest-In-Med, compte parmi ses pays partenaires l’Egypte, l’Espagne, la France, le Liban, le Maroc et la Tunisie.
5.https://webgate.ec.europa.eu/europeaid/online-services/index.cfm?do=publi.welcome (référence de l’appel : 129593)









