Le Groupe de Recherche Musicale : Créer et transmettre, par Le Groupe de recherches musicales (GRM) développe depuis 1958 des activités de création et de recherche dans le domaine du son et des musiques électroacoustiques. Il participe également, au sein de l'Ina, à la mission de conservation et de valorisation du patrimoine sonore. En bientôt 50 ans d'existence, le GRM a collaboré avec les plus grands compositeurs et a développé des logiciels de création musicale performants. Pionnier de la musique électroacoustique, le GRM est un laboratoire d'expérimentation sonore unique au monde. Entretien avec Christian Zanési, directeur-adjoint du GRM.
Ancien étudiant de Guy Maneveau et Marie-Françoise Lacaze, de Pierre Schaeffer et Guy Reibel, Christian Zanési rejoint l'équipe du GRM en 1976. À l'origine de nombreuses séries sur France Musique (Acousmathèque, Studio 116, Silence ! on détourne, Concerts GRM, Fins de mois difficiles, Électromania, Électrain de nuit...), il est actuellement, en tant que directeur-adjoint, principalement chargé de la programmation musicale et radiophonique du GRM. Il mène en parallèle une activité importante de compositeur et sa musique est jouée dans de nombreux concerts en France et à l'étranger.
Quels sont les fonds musicaux gérés par le GRM ?
Christian Zanési : Le Groupe de recherches musicales de l'Ina conserve, dans le cadre de l'Acousmathèque, un millier d'oeuvres musicales originales qu'il a pour mission de valoriser en les faisant migrer sur différents supports. Ce trésor patrimonial, qui ne cesse de s'enrichir, est composé des oeuvres commandées par le GRM à de nombreux compositeurs depuis 50 ans. Aujourd'hui, la numérisation de ce fonds, réalisée dans des formats de haute définition, est quasiment achevée, ce qui permettra de le mettre progressivement à la disposition des mélomanes. Au cours de l'année 2008, nous serons en mesure de proposer sur Internet une partie de ces oeuvres que le public pourra télécharger. Ce dernier aura donc bientôt accès à la collection CD du GRM sous forme dématérialisée (plus de 100 références à ce jour, soit environ 300 oeuvres) ainsi qu'à un certain nombre de compositions inédites (150 en 2007). À chaque nouvelle saison, nous complétons notre offre, si bien qu'en quelques années c'est tout le répertoire du GRM que le mélomane pourra consulter et acquérir. De plus, périodiquement et en fonction des événements, nous publierons des objets discographiques exceptionnels, des objets en quelque sorte de collection : pour 2008, à l'occasion des 50 ans du GRM, nous éditons un coffret de 12 CD consacré à l'oeuvre musicale de Bernard Parmegiani - compositeur emblématique pour la jeune génération « électronique ». Dans un passé récent nous l'avions fait pour Pierre Schaeffer et à l'occasion des 30 ans de l'Ina, nous avions sorti un coffret de 5 CD intitulé « Archives GRM » qui a eu un beau succès.
Quels sont les outils numériques mis en place par le GRM ?
C.Z : Les outils qui ont été utilisés pour créer la musique électroacoustique furent, à l'origine, ceux de la radio mais détournés de leur usage principal. Il s'agissait, plus précisément, des matériels d'enregistrement. Les compositeurs ont vu rapidement tout le parti qu'ils pouvaient en tirer, car même ces outils primitifs des années 1950 permettaient d'effectuer les opérations fondamentales d'écriture sans lesquelles un art nouveau n'est pas possible : avec les tourne-disque du début des années 1950 on pouvait transposer le son et donc « maîtriser » la hauteur (ordre mélodique), superposer et décaler les sons (ordre harmonique et contrapuntique), jouer sur les intensités ( niveau expressif) et surtout créer du discontinu par montage, base de tout discours. Aujourd'hui, la technologie a fait des progrès considérables mais, entre celle qui existait alors et celle que nous utilisons actuellement, il existe une remarquable continuité.
Les outils permettant de produire la musique n'avaient pas pour fonction de la décrire. Pourtant, c'est une nécessité. Comprendre ce que l'on fabrique fait partie de l'évolution. Or, la musicologie traditionnelle s'appuie principalement sur la partition. Face aux musiques électroacoustiques - par nature sans texte - elle est démunie. D'où l'idée de construire, grâce à l'informatique, un outil descriptif. Ce qui a donné naissance, après plusieurs années de recherches, au logiciel « Acousmographe ». Un logiciel puissant capable de décrire graphiquement le son avec précision et de faire apparaître la structure des oeuvres. L'Acoumosgraphe a suscité d'emblée un grand intérêt auprès des enseignants et des chercheurs. Nous l'améliorons régulièrement et aujourd'hui la dernière version est très stable.
Nous sommes aussi à l'orée d'une seconde mutation, car l'Acousmographe est en passe de devenir, à terme, un outil de production. Le studio du compositeur se transforme ou va se transformer considérablement, particulièrement sur le plan ergonomique. Les commandes manuelles directement sur les grands écrans tactiles vont apporter précision, vitesse et virtuosité. Et dans cet avenir très proche, un logiciel comme l'Acousmographe - très spécialisé dans la représentation graphique du sonore - peut jouer un rôle considérable. Ainsi va émerger une nouvelle fonction de cet outil. D'une certaine manière nous allons créer un cercle vertueux : plus la description du son est précise, plus l'outil de production est puissant.
Le GRM a par ailleurs développé des outils extrêmement importants de façonnage et de travail sur le son : les GRM Tools. Ils sont issus d'une réflexion sur les opérations effectuées en studio analogique. Les compositeurs qui ont participé à la grande aventure du GRM ont pris pour habitude de façonner eux-mêmes le son, car c'est un travail difficilement « délégable ». Et quand l'informatique est apparue au début des années 1980, les chercheurs du GRM ont imaginé et construit des outils possédant une ergonomie simplifiée afin que ces mêmes compositeurs puissent en avoir la nécessaire maîtrise. Lorsque ces outils ont été transférés sur des plates-formes standards, d'autres utilisateurs s'en sont emparés. D'abord les professionnels du monde du cinéma, de la radio et de l'industrie musicale, puis avec l'informatique à domicile et le home studio, les amateurs qui s'intéressaient au son et à la musique. Leur simplicité d'usage leur a assuré une grande notoriété.
Propos recueillis par Philippe Raynaud
(Date de mise en ligne : 14/02/2008)









