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L’Ina : objectif Formation au média global

Entretien avec David Hivet, Responsable service Marketing, Développement et communication, Ina SUP

Le secteur audiovisuel se prépare à une importante transition pour accompagner la mutation de ses métiers vers le « média global ». Passer des métiers traditionnels à de nouveaux modes de travail ou à de nouveaux métiers, tel est le défi que la formation doit relever. Un organisme comme l’Ina s’inscrit déjà dans cette problématique de former à ce média global, où cohabitent la culture du broadcast et celle du Web.

Quels sont et seront les métiers impactés par le numérique ?

David Hivet : Tous les métiers sont impactés à différents niveaux, certains sont profondément changés, d’autre moins. Mais, avec la généralisation de la haute définition, les nouveaux modes de diffusion et l’évolution de l’ensemble des techniques, l’ensemble de la chaîne qui s’étend de la  production à la diffusion est concernée par ces changements.
Ainsi, en ce qui concerne la radio, Jean - Paul Cluzel, alors P-dg de Radio France, a parlé récemment de l’importance des différents types de contenus à produire et à décliner pour le Web. Il s’interroge, avec d’autres, sur la nécessité de segmenter davantage les émissions afin de les diffuser selon une autre temporalité, notamment en ayant recours à des modules courts, plus adaptés au numérique,
Ces évolutions – déjà à l’œuvre et qui iront en s’amplifiant – induisent forcément des transformations dans les méthodes de travail. Si l’on prend seulement l’exemple des journalistes et des réalisateurs, tous ne sont pas forcément familiers avec les techniques des nouveaux médias et leur fonctionnement.
Avec le Web, nous n’avons plus affaire à un vecteur  d’offres, mais de demandes. Il est donc nécessaire d’adapter ce qu’on a prévu d’y diffuser et d’en donner une présentation particulière afin de susciter une demande. Si ce tournant n’est pas pris – en radio comme ailleurs – on sait déjà que les plus jeunes, les « digital natives », se détourneront de ce qui sera perçu comme des « vieux » médias.
Aujourd’hui, les programmes de  radio et de  télévision ont été conçus selon un certain rythme temporel, composés en fonction de rendez-vous, élaborés en fonction de certaines échéances. Ce qui n’existe plus dans l’univers du Web. Les mentalités, les façons de travailler, les temporalités, vont donc connaître de profondes mutations. J’ai pris l’exemple de la radio. Àl’heure d’Internet, il est évident que cette réflexion est valable pour l’ensemble des médias de la galaxie audiovisuelle.

Le secteur entier doit donc se préparer à une importante transition ?

D.H.: Passer des métiers traditionnels à de nouveaux métiers ou à de nouveaux modes opératoires, c’est le défi qu’il nous faut relever. À terme, toutes nos formations concerneront le média global. Selon les groupes de médias, les besoins et les priorités de formation seront différents car l’économie du secteur, et notamment de la production, est en train de changer. Les techniques de numérisation ont pour conséquence, dans certains domaines, d’exiger une moindre spécialisation. Quant aux métiers techniques de base, ils  sont menacés. Sur les plateaux, demain, les tireurs de câble vont disparaître. D’autres métiers vont muter. C’est déjà sensible chez les journalistes qui doivent accomplir des tâches qu’ils ne faisaient pas auparavant, comme de maîtriser les  techniques du Web, s’initier au montage, etc. Ce qui évidemment, à plus ou moins long terme, aura des conséquences sur d’autres métiers. Que deviendront les preneurs de son, les éclairagistes, les monteurs qui travaillent aujourd’hui dans le secteur de l’information ? Il faut dès aujourd’hui penser à former ces personnels, soit pour les adapter aux changements de leurs professions, soit pour penser, en amont, à des reconversions.
En ce qui concerne la presse écrite, il existe actuellement un problème de modèle économique. En effet, les sites des journaux ne rapportent pas beaucoup d’argent. Ils savent qu’ils ne peuvent pas se contenter de produire des textes, car ce ne serait pas viable, ils ne pourraient, sur la seule base de l’écrit, attirer le public. Tous se sont donc mis à diffuser des sujets « sons » ou vidéo. Certains journaux ont été assez loin comme Ouest-France. Mais ils ne peuvent embaucher des équipes de cameramen. Ce seront donc les localiers qui composent ou composeront les sujets. Ce qui donnera lieu, par contre, à l’apparition de nouveaux métiers dans les domaines du contrôle de l’information et de sa  remise en forme.

Existe-t-il, déjà, des experts en ce domaine ?

D.H.: Globalement, nous avons une vue encore insuffisante des transformations à venir. Et pour le moment, il existe peu d’experts capables de former aux  nouveaux métiers dans une problématique de média global. Cela tient au fait qu’il n’y a pas encore assez de professionnels capables de faire le lien entre deux cultures, celle du broadcast et celle du Web. C’est une question de temps. On le constate, lorsque certaines entreprises tentent d’aller vers le média global mais gardent des rythmes hérités de la tradition broadcast ou lorsqu’on voit  des « pure players » qui manquent de vision  en matière d’édition des contenus. Nous nous préparons à former ces entreprises afin qu’elles appréhendent au mieux le nouveau contexte dans lequel elles vont être contraintes d’évoluer, en nous appuyant sur les experts existants et sur l’expertise des formateurs de l’Ina. Radio France, Orange font déjà appel à nous en matière de média global, dans les domaines juridique, technique, afin que les personnels concernés se familiarisent avec cette nouvelle culture.


Quels nouveaux types de formations propose l’Ina ?

D.H.: Nous avons, dès 2008, commencé à développer des formations autour des médias Web et mobiles. Dans le catalogue des formations de 2010, nous aurons une approche média global avec une offre enrichie de nouveaux stages : Stages techniques ou éditoriaux  pour créer des sites, des blogs, notamment pour les journalistes, des stages juridiques adaptés à ces nouveaux vecteurs, mais également des stages liés à l’écriture de fictions et de documentaires pour le Web. Est-ce une filière métier à part entière ? Non, c’est une extension, une évolution des métiers du journalisme, de techniciens, de producteurs dans un contexte de pluri-médias.
D’autre part, les demandes ne faiblissent pas dans les domaines « traditionnels ». On constate même que les professionnels cherchent à maîtriser plusieurs métiers : prises de vues, montage, etc. Avec des outils plus accessibles, tant financièrement que techniquement, nous nous proposons d’amener de plus en plus de gens vers  des formations liées à  la production d’images et de sons. Nous avons ainsi de plus en plus de personnes non issues de l’audiovisuel, qui travaillent dans des associations, voire dans des administrations, des sociétés industrielles, de service, ou en free-lance, alors qu’auparavant nous avions un public presque exclusivement broadcast.

Et en matière de gestion des flux ?

D.H.: En ce qui concerne le digital asset management, nous proposons des formations qui répondent à des demandes en  ce qui concerne le workflow ou le stockage. Les directeurs techniques sont particulièrement mobilisés sur ces questions de régulations de flux  et de stockage. C’est une problématique importante que nous étudions avec attention. En effet, il y a de plus en plus
en plus d’images, donc de rushes, et les chaînes doivent les gérer. Ce qui est  nouveau, c’est la masse croissante de ces images, et la rapidité de leur utilisation. Il faut donc que les équipes s’adaptent pour être en mesure de les gérer de façon appropriée. Pour l’heure, nous ne savons pas si les journalistes vont, ou non, indexer leurs propres rushes ou si ces tâches incomberont aux documentalistes. Si l’on prend l’exemple des agences de presse, les journalistes de terrain indexent sommairement leurs images mais ensuite, l’indexation, l’archivage et la mise en ligne sont validés par des spécialistes.

Quelles sont les demandes du spectacle vivant ?

D.H.: En ce qui concerne les métiers du spectacle vivant, la demande de formation est forte dans les domaines du  son. On peut dire que dans ce champ, nous sommes plutôt avant-gardistes ; en conséquence, nos formations ont eu un grand succès en matière de sonorisation de concerts, d’outils logiciels, de problématiques acoustiques. Nous sommes très reconnus. Quant aux professionnels du  cinéma,  ils ne fréquentent pas beaucoup les circuits de formation en général. Cela tient à la culture du milieu où nombre de salariés se sont formés et continuent de se former « sur le tas ». Cela tient aussi au fait qu’ils travaillent dans de petites structures, communément peu habituées à utiliser les circuits de la formation professionnelle continue. Cela dit, nous avons lancé une offre sur la projection numérique, et maintenant, nos stages sont quasiment pleins. Le métier de projectionniste est en pleine mutation. Leur nombre sera amené à se réduire. C’est pourquoi la formation demeure d’ailleurs un enjeu majeur pour les métiers du cinéma.
Demain, il faudra moins de techniciens, que ce soit en plateau ou en post-production. C’est une des conséquences du cinéma numérique. Dans les laboratoires, beaucoup de métiers peu qualifiés vont disparaître. Une réflexion est lancée, dans le secteur cinématographique, pour proposer aux salariés qui font de la recopie, de l’étalonnage, comme aux magasiniers, de changer de secteur. Tous les techniciens ne retrouveront pas du travail dans l’audiovisuel. Certains ont des compétences qui leur permettront de se reconvertir dans d’autres branches. Le drame serait de ne pas anticiper. Cela dit, il faudra aussi dans ce secteur former des gens à la gestion des flux, à la maintenance, à la gestion des droits, etc.

Quelles sont les perspectives à l’international ?

D.H.: Nous avons la volonté de nous développer à l’international, principalement dans les zones francophones, proches géographiquement. Au Maghreb, notre optique actuelle est de pouvoir former la jeune génération. Le média global reste, pour l’heure, très marginal, même si le groupe marocain 2M  nous a confié une mission à ce sujet. Aujourd’hui, nous travaillons beaucoup avec la Télévision suisse romande pour laquelle nous avons formé nombre de leurs techniciens et réalisateurs dans les différents domaines de la haute définition.
Nous avons travaillé aussi avec Arte Strasbourg et mené ensemble une profonde réflexion sur le média global pour situer, avec l’aide d’un cabinet spécialisé, comment les métiers pourraient évoluer.  
Pour l’heure, nous avons décidé de travailler les questions du média global au niveau national afin d’être en mesure de proposer nos formations à l’international, en les ayant élaborées, expérimentées et développées avant d’étoffer notre offre. Il y a peu de centres de formation dans le monde, comme celui de l’Ina, qui couvrent autant de métiers de l’audiovisuel et du média global. De plus, l’Ina devient lui-même un média global, à la fois gestionnaire d’archives mais aussi producteur, créateur de sites, etc. Nous sommes devenus à la fois acteur et poste d’observation, ce qui constitue un atout majeur en termes de formation.  

Propos recueillis par Philippe Raynaud
(date de mise en ligne : 10/11/2009)

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